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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 12:56
@camille Gibily

@camille Gibily

JAZZ IN ARLES 2015  Vingtième edition (fin)

Soirée du samedi 23 mai

RICCARDO DEL FRA Quintet MY CHET, MY SONG

Nicolas Folmer (trompette), Pierrick Pedron (saxophone alto), Riccardo Del Fra (contrebasse), Bruno Ruder (piano), Ariel Tessier (batterie)

www.riccardodelfra.net

C’est la fin du festival de jazz arlésien, la soirée de clôture. En ce samedi soir, la jauge de la salle est dépassée, la petite mais vaillante équipe de l’association du Mejan s’affaire en rajoutant des lignes de chaise, tant le public se presse pour assister au concert. Le journal La Provence s’est déplacé. Le titre le dit bien, il ne s’agit pas de célébrer la mémoire du trompettiste Chet Baker par un énième hommage ou « tribute »[i] comme l’exprime la tendance actuelle. C’est sa vision éminemment personnelle que propose le contrebassiste romain Riccardo del Fra qui, dans ses jeunes années, dès 1979, a accompagné Chet Baker sur les routes et en studio, apprenant ainsi le métier avec l’une des personnalités les plus singulières et exigeantes du jazz. Le trompettiste Chet Baker fut assurément l’une des icônes de cette musique, beau comme un dieu, dans sa jeunesse. Ce n’est pas cette image que Del Fra conserve, bien des années après. Installé en France, directeur de la classe Jazz et Musiques improvisées du célèbre CNSM parisien, où la fine fleur de la jeune scène actuelle a fait partie de ses élèves, il se penche à nouveau sur son passé et se souvient. C’est ainsi qu’un projet ambitieux vit le jour sur le label Cristal avec un bel équipage et un orchestre allemand mythique, celui des studios de cinéma de Babelsberg. Jean-Marc Gelin qui chroniqua l’album pour les DNJ, ne tarissait pas d’éloge sur cet alliage de cordes et de vents :

http://www.lesdnj.com/article-riccardo-del-fra-my-chet-my-song-124672466.html

Le programme conçu par le contrebassiste explore l’univers de Chet Baker de façon poétique. Difficile de ne pas jouer des standards quand on aime le jazz et Chet Baker mais comment le faire autrement, avec fraîcheur et pertinence ? Riccardo Del Fra a répondu à ce défi en livrant des standards malaxés, réarrangés, se continuant souvent par des improvisations et des variations originales. Ainsi «For All We Know» se prolonge par cette évocation sensible « Oklahoma Kid »[ii], d’« un vol au dessus des grands espaces américains». «Love For Sale» des frères Gershwin se transforme en un « Wayne’s Whistle» malicieux. Del Fra a écrit les introductions et interludes de « I’m A Fool To Want You» et «I Remember You ». Deux de ses compositions attirent notre attention « Wind On An Open Book » et «The Bells And The Island». C’est son imaginaire qui est à l’œuvre, son ressenti qui s’exprime en une synthèse de toute son activité artistique. En s’aidant de grandes pointures, de solistes engagés comme Pierrick Pedron, jamais en reste quand il s’agit du « Great American Song Book » ( merveilleux «Change Partner» dans son (Deep In A Dream). Il a la complexité requise, à la fois lyrique, sensuel et énergique, dévorant l’espace dès le deuxième set où sa partie à l’alto est plus affirmée.

La musique du concert va sonner différemment, car le groupe est tout autre, sans orchestre, en version resserrée, un quintet où, à la batterie, le jeune Ariel Tessier, élève au CNSM, entretient un tempo rapide et continu, l’attelage allant souvent à un train d’enfer, sans respiration. Nicolas Folmer à la trompette et au bugle, reprend, après Airelle Besson, le rôle délicat de Chet. Il n’est pas a priori le plus évident dans ce rôle : virtuose et solaire, une fois lancé, il parvient aussi à se faire plus tendre, comme apaisé. C’est que le programme est dense, intense : deux sets en viendront à bout avec des passages très contrastés, de douceur infinie (duo piano/contrebasse où Bruno Ruder, formidable, tire son épingle du jeu) et d’autres échevelés, où le volume sonore atteint son apogée. On est loin du Chet de The Touch Of Your Lips à la « sonorité diaphane frôlant l’évanouissement ». C’est comme une version paroxystique qui illustre le caractère contrasté de la vie et de la carrière du trompettiste, « ange déchu du lyrisme », selon la juste formule de Pascal Anquetil dans son magnifique Portraits légendaires du jazz. La légitimité du projet est confortée quand Riccardo Del Fra lit son poème « Ombre e Luci »/ Chet, tant il est vrai que le trompettiste a toujours joué sa musique comme sa vie, ardemment.

NB : A souligner aussi ce moment d’émotion quand Riccardo Del Fra s’adresse dans la salle à Bertrand Fèvre, arlésien d’adoption, en lui rappelant les paroles de Chet lors de l’enregistrement du court métrage Chet’s Romance. C’est que le photographe a réalisé un portrait sensible, très éloigné du controversé Let’s get lost de Bruce Weber qui insiste sur la vie agitée de Chet, ses errances pathétiques, ses relations plus que tourmentées avec ses femmes, ses excès tragiques. Dans Chet’s romance, il n’est question que d’amour : filmé le 25 novembre 1987, dans un studio d’enregistrement parisien, le Clap’s, le document montre un Chet vieilli prématurément (un an avant sa mort, le vendredi 13 mai 1988 à Amsterdam), chantant et jouant dans un souffle « I’m A Fool To Want You», accompagné d’Alain Jean Marie au piano, de Riccardo del Fra à la contrebasse et de George Brown à la batterie.

Sophie Chambon

A suivre cet été le quintet avec cette formation : http://jazzenbaie.com/RICCARDODELFRA.aspx

[i] On peut tout de même citer le disque de Stéphane Belmondo qui accompagna Chet au New Morning et qui avec la complicité de Bertrand Fèvre vient de sortir sur Naïve un très émouvant Love for Chet au printemps 2015.

[ii] Chet, venu du fin fond de l’Oklahoma, le pays des « red necks », des « bouseux » arrive en Californie en 1948 ;

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Published by Sophie Chambon - dans Compte-rendus de concerts
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