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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 19:19
JAZZ IN ARLES ..... suite
@camille Gibily
@camille Gibily

Soirée du Vendredi 22 Mai

STEPHANE KERECKI Quartet « Nouvelle Vague »

www.stephanekerecki.com

John Taylor (piano), Antonin Tri Hoang( saxophones), Stéphane Kerecki (contrebasse), Fabrice Moreau (batterie), Adrian Smith (réalisation image).

De retour à Arles dans la chapelle du Méjan, jouxtant la librairie Actes Sud, par un fort mistral qui nous fait pencher dangereusement sur la promenade des bords du Rhône, nous attendons avec impatience d’écouter-voir le quartet du contrebassiste Stéphane Kerecki dans son programme NOUVELLE VAGUE. Nous avions chroniqué aux Dnj, il y a juste un an, l’album sorti sur le label Outhere/Outnote. http://www.lesdnj.com/article-stephane-kerecki-quartet-nouvelle-vague-123762661.html

Plus encore qu’une révélation, ce concert s’est avéré une vérification, une consécration. Il est toujours troublant de voir en live la musique que l’on a aimée chroniquer. Voilà un quartet élégant, à la juste dimension, qui «illustre» ce festival troublant de scènes et séquences mythiques que l’on a en tête, de Pierrot le Fou (Jean Luc Godard/ Georges Delerue) aux Quatre cents coups (François Truffaut/ Jean Constantin), d’A bout de souffle (JLG/ Martial Solal) aux Demoiselles de Rochefort (Jacques Demy/ Michel Legrand). Des films qui déplacèrent les règles du cinéma tout en saisissant parfaitement l’époque et ses aspirations.

Le contrebassiste leader s’est nourri ainsi que ses camarades de jeu, des images et musiques de ces films pour en recréer sa propre version, avec très peu d’arrangements, partant du matériau brut pour laisser place à l’improvisation. Le résultat est saisissant car la musique que l’on entend renvoie aux films en même temps que se développe sur scène autre chose, un échange fluide, où la musique respire dans l’espace du Méjan. Un certain goût de la liberté sans faire pour autant table rase de l’histoire du jazz. Pour ce concert, le saxophoniste «remplaçant» est le prodigieux Antonin Tri Hoang qui remplace Emile Parisien que l’on entend sur le disque. Le lendemain, c’est Jean-Charles Richard qui se produira à Vitrolles à Charlie free. Ces remplacements existent continuellement, en fonction des tournées et divers engagements de chacun ; ce qui n’est pas un souci car ces diverses configurations apportent nécessairement un parfum nouveau. Le saxophoniste joue à sa façon lyrique et jaillissante, swinguant sans avoir besoin de la gestuelle du danseur Parisien, par exemple. J’en aurai la confirmation dès le lendemain, en discutant avec le pianiste Bruno Ruder : Antonin Tri Hoangl a pratiqué et connaît tous les styles de musiques, est venu au jazz en découvrant Fletcher Henderson et les orchestres des années trente .

Dans la poursuite engagée par le quartet pour rendre une bande-son cohérente de la Nouvelle Vague, quand on s’attache à suivre l’un des quatre musiciens, l’on est invariablement happé par les trois autres, emporté par la dynamique que gère avec finesse le contrebassiste : impossible de se détacher de l’ensemble, et l’on reste arrimé au mât, aussi sûrement qu’Ulysse et ses compagnons, sous l’emprise de Circé la magicienne. Car une véritable fascination se dégage de cette suite de mélodies qui s’enchaînent inéluctablement jusqu’aux rappels (il y en aura 2, pour notre plus grande joie). Une musique grave, exaltée, sensible que servent à merveille les roulements de caisse drus, la frappe sèche et précise de Fabrice Moreau, le toucher lent et pénétrant de John Taylor, évidemment troublant dans «la Chanson de Maxence» des Demoiselles, en écho attentif à la mémoire evansienne. Une musique d’atmosphère avec de longues compositions ouvertes, propices au travail d’équipe. Quant à l’histoire, chacun peut bien se raconter la sienne. D’autant que le concert s’accompagne d’une création vidéo, à partir d’archives et de nouvelles séquences, une «bande-image» du concert : plans fixes récurrents des beaux visages d’Anouk Aimée (la Lola de Demy), Anna Karina, Jean Seberg et Jeanne Moreau. Comme la ritournelle du « tourbillon de la vie » de Jules et Jim. Le cinquième homme, Adrien Smith me confie toute la difficulté à organiser son travail, tant les droits à régler à la Gaumont et autres compagnies sont exhorbitants. Alors il aura fallu bricoler avec les plans fixes, faire se réfléchir le visage de B.B dans Le Mépris avec celui, non moins beau d’Anna Karina, derrière un objectif dans Pierrot le Fou. Des bouts de pellicules rayées forment en arrière plan, comme un rideau de pluie alors que résonnent des bribes de dialogues, pour finir par un discours militant tiré d’Alphaville-Une étrange aventure de Lemmy Caution de JLG (sur les HLM dans lesquels on parque les individus, ces «hôpitaux pour longues maladies»). On se souvient alors du travelling en noir et blanc et de ces portes qui s’ouvrent dans le générique de l’émission produite par Michel Boujut et Anne Andreu, «Cinéma, Cinémas».

Un concert que l’on n’oubliera pas de si tôt, une création libre à plus d’un titre. Aucune règle ne détermine ce qui se produit là, si ce n’est la complicité alliée au travail le plus exigeant. Rien n’est imposé si ce n’est le plaisir de s’abandonner au travail de l’ensemble...

Sophie Chambon

Les photos sont de Camille GIBILY

NB : Stéphane Kerecki a aussi glissé dans son programme, la musique de Philippe Sarde dans Les choses de la vie, «La chanson d’Hélène » interprétée par Romy Schneider. Claude Sautet ne fait pas du tout partie du groupe de la Nouvelle Vague, assassine pour la génération précédente. Les jeunes contestataires remettaient en question, l’époque le voulait, le «cinéma de papa», d’Autant-Lara ou de René Clair. Mais aujourd’hui que la nostalgie n’est plus ce qu’elle était, on peut réintégrer, dans une liste de musiques inoubliables, celles des films de Sautet des années soixante- dix qui dessinent un portrait sans faute de la France de la toute fin des Trente Glorieuses.

@camille Gibily

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