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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 23:00
Jazz in Arles ..... (suite)

Vingtième édition (13 au 23 mai 2015)

Soirée du jeudi 21 mai

Misja Fitzgerald Michel (guitare solo)

www.misjafitzgeraldmichel.com

Dans un rond de lumière apparaît un grand escogriffe à la chemise à carreaux bleus. Misja Fitzgerald Michel[i] commence à jouer un solo de guitare qui nous fera parcourir le plus doux des trajets, du sensible «Ornettish» à une ballade «Heat», de « Don’t explain » de Billie Holiday à « Lonely Woman » (retour à Ornette Coleman), de « Pink Moon» du folk songwriter Nick Drake à «Nardis» en rappel (composition du guitariste Chuck Wayne qu’a su s’approprier Bill Evans). Tout est surprise, changements de ton, d’accords, avec des phrases complexifiées à souhait. Ce qui n’enlève rien à la finesse, à l’imprévisibilité attachante que le guitariste insuffle à l’ensemble. C’est dans un contexte aussi particulier, strictement libre, tout simplement étonnant que l’on peut apprécier la beauté insensée d’une mélodie et sa capacité à durer. Misja célèbre la guitare plurielle, l’essaie à toutes les pluralités. Il connaît les chansons, les reprend puisqu’il les aime et nous les fait découvrir autrement. Ce sont bien elles et pourtant, en se glissant dans le répertoire, il se fait une place avec sa guitare qui sonne et donne tout leur espace à ces « petits » morceaux qu’il éclaire, autrement, à sa manière, simplement et avec talent. Voilà ce que c’est que d’être doué, inspiré. Libre. On reparlera, au cours de la soirée, de ses sources d’inspiration, de Nick Drake, ce troubadour disparu trop tôt, en 1974 auquel il a consacré son dernier album Time of No Reply, en 2012. Tout comme de la malédiction qui a frappé les Buckley. Car le succès foudroyant du fils, Jeff avec l’album Grace, sorti en 1994, a quelque peu éclipsé le travail du père, Tim, plus orienté folk, mais profondément éclectique dans ses goûts et orientations musicales.

Il faut décidément louer l’esprit avisé du directeur artistique Jean Paul Ricard qui sait programmer des talents rares, trop peu entendus. C’est toute la grâce de ce festival arlésien, unique, de faire découvrir chaque année des choses rares, de programmer des concerts que l’on n’entendra plus dans les grosses machines estivales, ou même dans le réseau plus pointu de l’AJC, ex Afijma.

@philippe.meziat

@philippe.meziat

80 years BARRE PHILLIPS « Listening »

Urs Leimgruber, saxophones/Jacques Demierre, piano / Barre Phillips, contrebasse

www.barrephillips.com-emir.org

Changement de ton après l’entracte avec LDP: on attend le contrebassiste Barre Philips en trio avec Urs Leimgruber au saxophone et Jacques Demierre au piano, un alliage qui a déjà une quinzaine d’années, se produisant sur le label allemand, de qualité, Jazzwerkstatt. Contre toute attente, il y a un point commun avec le concert précédent : si l’on ne peut, cette fois, fredonner la mélodie, on retiendra cette recherche exigeante du son, dans sa qualité la plus pure. Barre Phillips est un artiste véritable qui suit son propre fil. Et ce, depuis longtemps, depuis Music from Two Basses avec Dave Holland ou son solo, Journal Violone en musique improvisée. Avec ce trio, c’est la surprise et la découverte dans l’instant, un entrelacs de figures dans l’espace, une chorégraphie gestuelle et un abandon à l’instant-ané. On se laisse conduire par ce mixage de fragments sonores reliés à une écoute intime, des stridences et vrilles exacerbées du saxophoniste et autres grincements du piano plus ou moins préparé ; parfois c’est un ostinato de basse, un bourdonnement continu qui s’harmoniserait presque avec la soufflerie aléatoire de la tireuse de bière ou de la machine à café. Au fond, derrière le plateau technique, les conditions d’écoute sont parfaites. Le trio est de plus, visuellement intéressant, au sens pictural, un tableau de groupe flamand. Il faudrait un peintre, plus encore qu’un photographe, pour saisir ce qui se joue là, entre les trois : des emportements incontrôlés d’Urs aux gestes menus de Barre, délicat quand il enlace, retourne, frotte, tapote la basse.

Cette capacité de création immédiate résulte t- elle de la seule virtuosité ? Quand il s’agit de rentrer en soi même, à l’écoute de soi et des autres, de faire remonter des réminiscences. Une création « live », dans l’instant, d’après des choix imposés de l’extérieur, comme de jouer entre les notes. Une expérience à trois, partagée, où « l’écoute comme matériau », selon les mots même de Jacques Demierre[i] est « à chaque nouveau concert plus présente... Une réactivation continuelle de la totalité des possibles...quand tous ces sons produits et échangés ne semblent résulter d’aucun travail et naître spontanément de leur propagation dans l’espace ».

C‘est la marque d’un beau concert quand le souvenir que l‘on en garde s’accompagne de sérénité. Quelques personnes sont malgré tout un peu surprises, mais la majeure partie du public, constituée de fidèles, connaît le parcours sensationnel et transdisciplinaire de cet octogénaire toujours vaillant, qui a accompagné la chorégraphe Carolyn Carlson, composé des musiques de films, de Jacques Rivette et du documentariste Robert Kramer.

Avec cet aparté avec le chroniqueur du Monde, Francis Marmande, dont le chapeau, ce soir là, m’évoque irrésistiblement « le Doulos » de Melville, un film qu’il connaît bien, la transition avec la soirée suivante est toute trouvée, puisqu’ il s’agira de Cinéma et de musiques de films, ceux de La Nouvelle Vague. J’aime ces moments en immersion, où l’on est là, captif et libre. De méditer et rêver. De penser à tout et à rien. Prêt à lire et à écrire.

Sophie Chambon

NB : les photos qui illustrent l’article sont de l’ami Philippe Méziat dont vous pouvez lire le compte rendu sur le blog de jazzmagazine.


[1] Misja Fitzgerald Michel tourne dans des contextes différents, des formations différentes : proche de Jim Hall, il a joué avec Ravi Coltrane, Chris Potter, Drew Gress, pratiquant avec aisance une gymnastique totalement acrobatique, un grand écart des formes

[i] J’irai voir après le concert, sur les conseils de Luc Bouquet, le carnet de route du trio proposé par l’initiateur du son du Grisli, Guillaume Belhomme. www.grisli.canalblog.com

@philippe.meziat

@philippe.meziat

@philippe.meziat

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Published by sophie Chambon - dans Compte-rendus de concerts
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