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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 07:03

18ème édition

03/04/05 Juillet

Domaine de Fontblanche

http://charliejazzfestival.com/

Charlie Jazz Festival 2015

Depuis des débuts militants avec l’association Charlie Free, le jazz a sa place à Vitrolles, commune des BdR (13), non loin de l’étang de Berre et de l’aéroport de Marseille Provence. Cette entreprise culturelle n’a cessé de se fortifier et de construire sa programmation sur un jazz actuel, « un jazz en marche » avec des concerts toute l’année au Moulin à Jazz et une grande fête, aux premiers jours de juillet dans le Domaine de Fontblanche. La canicule a provisoirement abandonné un peu de terrain en ce début de soirée, dans le magnifique parc ombragé de platanes centenaires et le public répond présent lors du premier grand week end des vacances.

Le quartet du trompettiste Ambrose Akinmusire ouvre la soirée sur la grande scène des platanes. Il avoue être heureux de découvrir ce festival même s’il a déjà joué dans le sud, à Marseille. Tout de suite, avec ses complices, la section rythmique composée de Harish Raghavan à la contrebasse et de Justin Brown à la batterie, sans oublier le pianiste Sam Harris, énergique et passionné, le concert démarre avec intensité. Ils sont absolument formidables, justes dans leur emportement même, habitués à se frotter à l’urgence de la déclaration musicale de leur leader qui les laisse souvent réagir en trio. Le trompettiste adopte alors une position de retrait, propice à l’écoute et au recueillement. L’écriture des différentes compositions laisse apparaître une structure rigoureuse et dense à laquelle tous se soumettent, en donnant l’impression d’une création continue et imprévisible. Une musique improvisée qui ne devrait jamais se répéter, qui tente de nouveaux contextes, pour se démultiplier, construire et déconstruire, souffler et apaiser. Voilà un jazz porteur de sens et de vertus formelles qui, sans renier ses repères, se révèle libre, dégagé d’influences trop prégnantes. Comme si le musicien voulait inventer un nouveau langage, débarrassé de scories encombrantes. A la trompette, il est bluffant, avec un quelque chose qui n’appartient qu’à lui, un son droit, direct, comme intériorisé. Rare et fulgurant, incisif, vif d’attaque et tout en nuances, brillant sans éclat, vigoureux et tendre à la fois, retenu par moment, très sérieux dans son engagement, on ne peut s’empêcher de le fixer pour essayer de comprendre comment « ça » joue. On écoute absolument sidéré cette musique, ardente dans ses commencements, nerveuse, qui entraîne au-delà de la sensibilité et du lyrisme. Sur une ballade justement, en duo avec le pianiste, il parvient à une émotion intense, d’une douceur qui peut faire mal. Il y a quelque chose de transcendant dans cette musique, faite de recueillement et de spiritualité. Et c’est en ce sens qu’Akinmusire fait penser à Coltrane. Car cette intensité va bien au-delà de l’instrument et l’on se sent emporté dans un maelström fiévreux. S’éloignant de la transparence et du contrôle, on plonge au cœur d’une origine que l’on ne connaît pas. Ambrose Akinmusire poursuit avec ses compagnons un dialogue fervent, construisant une forme plus narrative, très ouverte. Un jazz vif dans une aventure collective qui devrait s’installer tout en se transformant continûment. Un bien beau parcours, peu balisé qui suppose l’engagement d’une écoute attentive et complice. Le jeune trompettiste d’Oakland -il n’a que 33 ans- a déjà joué avec les plus grands, de Joshua Redman à Steve Coleman sans oublier notre « Frenchie » Michel Portal qui, fine mouche, l’avait appelé sur son « Bailador ». Il a signé sur le label Blue Note son dernier album au titre étrange « The Imagined Savior Is Far Easier To Paint ».

Si je suis surprise de ne pas vraiment « reconnaître » l’album que j’avais pourtant chroniqué ici http://www.lesdnj.com/article-ambrose-akinmusire-the-imagined-savior-is-far-easier-to-paint-123396294.html , c’est que le programme du concert ne reprend pas, dans l’ordre établi, le répertoire du disque. La musique a évolué au cours des tournées, en une année. Le groupe joue donc quelques compositions mais donne aussi la primeur de musiques inédites comme si les occasions de jeu offraient un territoire de création, un laboratoire pour recherches à venir. Comme si chaque concert permettait de repousser ses limites vers une nouvelle frontière ; c’est dire que ce quartet ne recherche pas la facilité, ne tient pas même à vendre ses disques après le concert.

Captivé de bout en bout par cette musique sensible, on ressent cette confiance indéfectible dans la musique, l’éternité du jazz, son essence. Ce que démontre paradoxalement l’art de ces musiciens est que plus ça vient de loin, plus cela sonne neuf.

@Forence Ducommun

@Forence Ducommun

Changement de set et contraste absolu avec le groupe suivant, co-animé par un duo chaleureux et bon enfant, le Sylvain Luc et Stefano Di Battista  Quartet. Sans transition, on revient à une musique européenne, mélodique et lyrique. Accentuant encore leur versant naturel pour ce style, le guitariste basque et le saxophoniste romain ont choisi de reprendre des thèmes connus d’Ennio Morricone, de Michel Legrand, de Nino Rota...Ils jouent le répertoire de leur dernier album Giu’ La Testa sorti chez Just Looking productions l’an dernier. 

S’entend alors une musique plus lisse sans être facile, qui fait la joie du public qui en redemande, soulagé  peut-être après la tension du concert précédent, incandescent. D’autant que le duo fait le show avec simplicité et gentillesse. Les deux gaillards peuvent tout jouer : du jazz funk avec une reprise de Ray Charles, du jazz rock avec le «Dingo Rock » de l’incontournable Michel Legrand, du trad, des ballades.  Certains des thèmes choisis font partie de notre mémoire collective  comme « La Chanson des Jumelles » ou les compositions de Morricone pour le cinéma, toujours émouvantes que ce soit « Love Theme For Nata » ( Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore) ou «Giu’La Testa» d’ «Il était une fois la révolution» de Sergio Leone. Tout invite à la danse dans cette musique sans prétention qui coule sans effort avec une rythmique irrrésistiblement entraînante, le chevelu Pierre François Dufour à la batterie et l’élégant Daniele Sorrentino à la basse électrique.  Ces musiques se transforment au gré des variations tout en se parant des couleurs de la nostalgie, comme dans « Touch Her Soft Lips And Part » de William Walton où l’on pourrait entendre des effluves des Beatles, avec un sax soprano délicat. Ainsi se finit avec un rappel chaudement acclamé, la première soirée du festival. On ne boudera pas son plaisir, le jazz est aussi une musique de divertissement et de plaisir qui se consomme sur place et dans l’instant ; surtout quand elle est interprétée par des virtuoses qui ne se prennent pas au sérieux et jouent en jouant.

Sophie Chambon

Florence Ducommun

Florence Ducommun

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Published by Sophie Chambon - dans Compte-rendus de concerts
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