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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 10:00
Robert Glasper : " Covered"

Robert Glasper (p), Vincent Archer (b), Damion Reid (dms)

Blue Note 2015

Pour ceux qui avaient dans l'oreille le très iconoclaste " Black radio", précédent album du pianiste, il faudra faire "reset" et repartir à zéro.

Black Radio avait surpris son monde en se situant à la croisée des chemins des musiques populaires actuelles et du R&B avec une telle originalité qu'elle lui valut quelques critiques acerbes de certains gardiens d'un temple du jazz peu habitué à se faire bousculer de la sorte.

Dans le nouvel album enregistré en public au Capitol Studio , peu de temps après avoir recueilli un grammy pour justement " Black Radio", Robert Glasper montre au contraire son souhait d'en revenir à des bases "straight" comme il le dit lui-même dans ses quelques mots d'introduction et repartir sur un format classique de trio piano-basse-batterie. Sans toutefois se départir de son souci de la modernité qui semble le poursuivre dans une vraie démarche artistique. Et ce n'est donc pas un hasard si Glasper va chercher dans le répertoire actuel depuis Kendrick Lammar (le formidable chanteur de hip-ho jusqu’à Radiohead ( Reckoner) véritable inspiration de toute une génération de pianistes ( Brad Meldhau en croque et Yaron Herman s'en inspire).

Alors que Glasper jouait de l'électrique dans ses précédentes prestations, tant comme leader qu'aux côtés de stars internationales comme Rihana ou Justin Timberlake par exemple, ce retour au piano marque non pas un retour en arrière mais l'affirmation de son identité très moderne par des voies plus classiques. C’est pourquoi on l’entend dans un morceau d’impro libre à l’inspiration très « Monk » ( In case you forgot qui passe par tous les stades possibles jusqu’à évoquer Cindy Lauper) ou encore dans une très très belle et élégante reprise de Stella by Starlight. Quelques textes engagés scandent cette prestation avec une affirmation d’un black power fier et apaisé ( I’m dying of thirst ou Got over, texte d’Harry Belafonte).

Capable de transcender les m »lodies les plus actuelles et d’en souligner toute l’essence magnifique, Robert Glasper est un inventeur du clavier. Il sort de son piano des sons larges et variés comme sur ce I don’t even care qui résonne presque comme s’il était à l’électrique. Avec beaucoup de relâchement et une vraie classe de dandy, Robert Glasper cherche, se promène sur son piano, évolue avec beaucoup de grâce et d’inventivité maîtrisée. Comme une sorte de seconde peau.

Certes on a parfois tendance à se méfier de ce phénomène de mode qui entoure Robert Glasper qui tendrait à devenir l'archétype de l'artiste emblématique et cross-over. Et pourtant ce soir là au mythique Capitol Studio se vivait un vrai moment de jazz, en toute plénitude. Robert Glasper y apportait la démonstration sereine que la modernité se trouvait là en plein cœur de la tradition. C'est cela être Cross-over !

Jean-Marc Gelin

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Published by Jean-Marc Gelin - dans Compte-rendus de concerts
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