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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 15:44

Festival Jazz Campus en Clunisois, 19 août 2015

Oboréades : Jean-Luc Fillon (hautbois, cor anglais), Didier Ithurrsary (accordéon), Château de Berzé-le Châtel, 19h

Anne Quillier Sextet : Anne Quillier (p, el p , comp), Aurélien Joly (tp), Grégory Sallet (as,ss), Pierre Horckmans (cl, bcl), Michel Molinier (b), Guillaume Bertrand (dms). Théâtre des Arts, Cluny, 21h

Duo Marais-Ternoy : Gérard Marais (el g, comp), Jérémie Ternoy (p), Théâtre des Arts, Cluny, 22h30

Château de Berzé-le-Châtel@xavier.prevost

Château de Berzé-le-Châtel@xavier.prevost

Le festival bat son plein depuis 5 jours déjà, sur scène et dans les ateliers du stage qui fut l'origine historique de l'événement, voici plus de 35 ans. Dans le cuvier du magnifique Château médiéval de Berzé-le-Châtel (qui est aussi un domaine viticole), la salle est plus que comble ; on a ajouté quelques bancs pour les retardataires, et les derniers arrivants suivront le concert debout, ou assis à même le sol. Devant un tel succès on est amené à s'interroger sur les raison pour lesquelles certaines collectivités territoriales écornent violemment les subventions à des événements qui trouvent assurément leur public....

Oboréades©Xavier Prévost

Oboréades©Xavier Prévost

Pour Jean-Luc Fillon et Didier Ithurrsarry, le programme sera majoritairement celui du disque paru en 2012 (« Oboréades, 52ème Rue est) : des compositions des deux compères, plus l'explosif Bebe signé Hermeto Pacoal ; mais avec la vigueur renouvelée du jazz « sur le vif », car ces deux là n'aiment pas rejouer la partie à l'identique. Ici rayonnent toutes les couleurs du monde (et même de tous les mondes), dans une musique qui enserre la pulsation du new tango dans les volutes du jazz pur. L'accordéoniste ose un swing inflexible et un drive infernal, tandis que le hautbois de Jean-Luc Fillon nous régale d'un chorus résolument torride. Les mises en place sont millimétrées, mais avec une souplesse féline (dans Le Chat Pacha, entre autres). Ailleurs s'associent rythmes impairs et groove funky. Le public (votre serviteur inclus) est conquis, et son enthousiasme sera récompensé d'un rappel qui ne figure pas sur le disque, mais provient du répertoire de Jo Privat : Rêve Bohémien.

Gérard Marais-Jérémie Ternoy©Xavier Prévost

Gérard Marais-Jérémie Ternoy©Xavier Prévost

Deux heures plus tard, au Théâtre des Arts, également bondé (décidément les édiles devraient être attentifs à cette belle fréquentation....), c'est un compagnon de route du festival, Gérard Marais, qui présente une formule inédite, qui l'associe au pianiste Jérémie Ternoy. Ce duo est l'émanation d'un quartette du guitariste (avec Henri Texier & Christophe Marguet) qui a publié récemment un CD intitulé « Inner Village » (Cristal Records/Harmonia Mundi). Les thèmes sont pour la plupart d'anciennes compositions de Gérard : Baron Noir, Le Rouge et le Noir, Quand les mahs (inspiré par un vers d'Henri Michaux), Katchinas...., compositions qui figurent sur le disque. Et d'autres, enregistrées ailleurs, comme Cassavetes ou Natural Reserve. Le format duo convient parfaitement à ces thèmes, qui révèlent ici de nouvelles couleurs. Les exposés sont clairs, en parfaite connivence, et dans les improvisations les langues se délient, chacun s'évadant dans son imaginaire propre, mais toujours en dialogue. Pour le pianiste, ce sont des phrasés anguleux, aux accentuations marquées, comme au temps de Lennie Tristano, ou de l'envolée tristanienne de Bill Evans dans All About Rosie de George Russell. Pour le guitariste, ce sont des circonvolutions très lyriques, mais où le chant conduit toujours vers des sentiers harmoniquement féconds. Bref une vraie réussite pour le duo ici inauguré, et que l'on aimerait entendre sur d'autres scènes (tout comme le quartette d'ailleurs....).

 

 

Pour conclure la soirée, la pianiste et compositrice Anne Quillier présentait son sextette, Grand prix du Concours de Jazz de La Défense en 2013. Belle écriture faite de polyphonies subtiles, riches en couleurs et alliances de timbres, avec de grandes nuances, hélas contrariées par un niveau de sonorisation globalement trop élevé (la concurrence sonore du Marché nocturne à l'extérieur peut-être, et d'un groupe qui sévissait là à coup de décibels destructeurs ?) , ce qui en altérait la finesse. Pulsation toujours très marquée de la batterie, décalages rythmiques en répons, crescendo en tutti, telle fut la dramaturgie souvent retenue, avec des codas en suspens, sans résolution (le refus de l'impérialisme du retour à la tonique?). De très bons solistes aussi, qui trouvèrent leur espace d'expression, dans un répertoire qui recoupait celui du disque paru en janvier (« Daybreak », www.collectifpinceoreilles.com ), agrémenté d'un peu d'inédit.     Manifestement, il faudra compter désormais avec cette musicienne, pour son talent d'écriture et de soliste autant que pour sa faculté de rassembler et diriger un groupe. Une fois encore Jazz Campus en Clunisois, et Dider Levallet, ont su partir à la découverte de nouveaux talents !

 

Xavier Prévost

 

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