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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 06:47
YARON HERMAN : " Everyday"

Yaron Herman (p, vc), Ziv Ravtiz (dms, vc), Helgi Jonsson (vc), Jean-Pierre Taieb (vc)

Bluue Note 2015

On aurait un peu peur d'utiliser une formule galvaudée si l'on disait que ce nouvel album du pianiste marque une nouvelle étape dans le développement de la musique de Yaron Herman. C'est pourtant bien de cela dont il s'agit lorsque l'on écoute "Everyday", le nouvel opus enregistré en grande partie en duo avec batteur israélien Ziv Ravitz. Car ainsi qu'il le confiait dans les colonnes des DNJ, Yaron Herman est parvenu à exprimer ici l'essentiel dans un rare moment d'entente télépathique entre les deux musiciens.

Avec ce 7eme album on entre de plain pied dans une musique fusionnelle, au confluent de sa propre progression musicale, entre classique et tradition, jazz et pop, entre chant et impro, entre le groove qui emporte tout et les fluidité harmoniques qui enveloppent. Il y a tout ! Et il y a surtout la fraîcheur d'un travail en studio en grande partie spontané où Yaron et Ziv se jouent des structures rythmiques complexes ( Nettish) ou bien , dans un moment de jaillissement font émerger un groove absolu, forme d'art total, engagement à corps perdu ( Everyday). Une sorte de dialogue interactif sans cesse en mouvement.

Si l'on sait que Yaron Herman aime rendre quelques hommages à ses contemporains en empruntant parfois au répertoire de la pop actuelle, il s'agit ici moins d'emprunt que d'une influence forte et prégnante sur sa musique, celle de l'esthétique de Radiohead dont il revendique clairement qu'elle est pour lui une source fondamentale d'inspiration. Comme sur ce coup de génie sur Volcano où Yaron Herman ajoute un duo de voix qui s'envolent au dessus de la mélodie portée avec autant de force que de légèreté. Il en est de même sur 18:26, très fort dans la force d'entrainement d'un flot inexorable portée à son paroxysme par l'intervention furtive et éphémère des voix et par le silence brutal qui s'en suit. Ou encore sur Rétrograde, morceau de James Blake admirablement suspendu comme entre deux eaux, morceau flottant et très émouvant par la place qu'il laisse à l"espace, au non dit, à la force suggestive.

Cet album est puissant, terriblement puissant. Structuré ou déstructuré, improvisé ou harmonisé, il dit quelque chose d'un moment de musique essentiel au sens propre du terme. Cet album est powerful et riche. Riche de la force de ses reliefs, de ses micros incrustations sonores, de son travail sur le son façonné à quatre mains. Ce travail sur le son. Ce travail d'osmose.

On a souvent dit que Yaron Herman suivait un chemin Jarretien. Image un peu agaçante parce que, là encore galvaudée. Il y a bien sûr un peu de cela tant il est marqué à vie par le pianiste américain. Toutefois on entend bien comment sur Fast life cette influence importante débouche sur un discours original où Yaron Herman semble explorer tous les registres d'émotions portées par le grave du piano. Exprime une identité. Mais surtout on est ici, avec "Everyday" à la croisée des chemins de toutes ses influences, de tout ce qui le nourrit depuis des années, de tout ce qu'il écoute et, forcément de tout ce qu'il vit.

Et si la croisée des chemins débouche toujours sur une route nouvelle, celle qu'il va suivre désormais s'annonce d'ores et déjà lumineuse.

Jean-marc Gelin

Ps : Mention spéciale au graphisme de la pochette ( Yann Legendre) , un peu destructurée et très moderne. Très urbaine dans un esprit Kandisky.

PS : Yaron Herman sera en concert à Paris, à la Villette le 10 septembre 2015

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