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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 16:24
ANDY EMLER MegaOctet « Obsession 3 »

Philippe Sellam & Guillaume Orti (saxophone alto), Laurent Dehors (saxophone ténor), François Thuillier (tuba), Laurent Blondiau (trompette), François Verly (percussions), Éric Échampard (batterie), Claude Tchamitchain (contrebasse), Andy Emler (piano, composition, direction)

Pernes-les-Fontaines, 16 & 17 décembre 2014

Label La Buissonne RJAL 397024 / Harmonia Mundi

L'histoire commence par un malentendu : la radio de Cologne (WDR : Westdeutscher Rundfunk) promet à Andy Emler une commande ; le compositeur-pianiste propose un concerto pour trio de jazz et orchestre symphonique, mais quand la chose se concrétise, c'est une commande pour le MegaOctet, et pour le festival de la WDR à Gütersloh, en Rhénanie du Nord-Westphalie. Qu'à cela ne tienne : le concerto a fini par voir le jour en juin 2015 avec l'Orchestre National de Lille, et Andy s'est mis au travail sur la partition d'Obsession 3, créée le 2 février 2014 au festival de jazz de la WDR. Après avoir, pour le disque précédent « E Total », pris le parti de ne composer que des pièces en tonalité de Mi (E, selon le code où chaque tonalité est abrégée par une lettre), il choisit cette fois de s'astreindre au rythme à trois temps. Pas beaucoup de valses ici, mais trois temps malmenés, subvertis, sublimés.... et souvent dévoyés dans leurs multiples (6, 12....). On est ici exactement dans tout ce qui constitue l'univers d'Andy Emler, toujours reconnaissable, mais jamais redondant, d'un disque à l'autre, d'une composition à une autre. Parmi les fondamentaux, l'extraordinaire groove entretenu par le trio de base (Emler-Tchamitchian-Échampard), constamment enrichi par les fantaisies rythmiques qui se jouent entre le bassiste et la batteur, qui sont magnifiées par les percussions de François Verly. Ce dernier fait d'ailleurs partie intégrante du « système Emler », dont il est l'un des ingrédients de base depuis des décennies. Les pièces présentent souvent des analogies de construction : une base rythmique (le tuba, ou la section rythmique, marimba compris....), des lignes jouées par les sections (les sax, ou l'ensemble des souffleurs) sur des intervalles assez distendus, et la montée progressive du phénomène collectif (émulation, excitation, extase), avec toujours, à un moment ou un autre, une place de choix pour les solistes : Philippe Sellam, Guillaume Orti (qui remplace Thomas de Pourquery, très accaparé par ses autres groupes), Laurent Dehors, François Thuillier, Laurent Blondiau.... Le MegaOctet nous rappelle cette définition, que l'on prête à Max Roach, du jazz comme seule démocratie réalisée. Tous ces moments d'intensité maximale sont alternés avec phases recueillies, méditatives, et sont aussi régulièrement soumis à des ruptures brutales. Bref tous les ingrédients de la forme musicale sont choisis sur une palette très riche, comme l'est la culture musicale d'Andy Emler. Au détour d'un fragment, l'ombre de Stravinski (Petrouchka, Le Sacre....), le souvenir de Bartók, un clin d'œil à Zappa (« The Grand Wazoo », mais pas que...) ; et pourtant chaque fois la cuisine révèle de nouvelles saveurs, des nuances inattendues, des bonheurs insoupçonnés. Décidément Andy est irremplaçable, et ce disque indispensable !

Xavier Prévost

Le teaser du disque sur Youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=shbn3mtLZ7M

Un extrait du concert de création d' Obsession 3 au festival de la WDR à Gütersloh , au début de la dernière émission « Le Bleu, la nuit.... », toujours en réécoute sur francemusique.fr :

http://www.francemusique.fr/emission/le-bleu-la-nuit/2013-2014/le-big-band-du-trompettiste-jean-loup-longnon-radio-france-le-megaoctet-du-pianiste-et

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commentaires

A
Bonjour cher Xavier Prévost, excellent CD que cet Obsession 3, je suis en tout point d'accord avec vous. Je me permet simplement un petit rectificatif concernant le précédent opus E Total ; le E correspond à la note Mi et non pas Si. Je suppose que votre doigt a dérapé sur le clavier lors de la frappe… bel écart tout de même entre le S et le M :) C'était juste pour le fun, ceci dit je suis ravi de vous retrouver ici et de pouvoir vous lire régulièrement ici (et je ne dois pas être le seul) après votre éviction sans ménagement de la radio. Il n'y a pas le son mais le style est bien présent. Bien à vous, Alain de La Rochelle.
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L
Cher Alain,<br /> Effectivement j'ai dérapé, non pas d'une touche (car le "m" et le "s" ne sont pas voisins sur mon clavier -comme le mi et le si sur mon autre clavier, celui du piano) mais d'une sérieuse distraction. Merci pour avoir relevé ma défaillance, et pour votre chaleureux message