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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 16:29
JEAN-MARC PADOVANI « Motian in Motion »

Jean-Marc Padovani (saxophones ténor & soprano), Didier Malherbe (doudouk), Paul Brousseau (piano, piano électrique), Claude Tchamitchian (contrebasse), Ramon Lopez (batterie, tablas)

Villetaneuse, 8-10 décembre 2014

Naïve NJ 625671, avec le concours de MFA, Musique Française d'Aujourd'hui

D'entrée de jeu, pour évoquer les racines arméniennes de Paul Motian, la parole est donnée au doudouk, présent sur la moitié de plages, et joué en praticien aguerri par Didier Malherbe. C'est ensuite The Sunflower, un thème enregistré pour la première fois par Motian en 1979 (« Le Voyage »), où l'on retrouve une bonne part du lyrisme déchiré de la version princeps, et une exaltation de cette construction si typique du batteur-compositeur, que l'on pourrait dire « en procession dissymétrique ». L'une des forces de ce disque en Hommage à Paul Motian, c'est de n'être pas allé systématiquement vers ses compositions les plus connues (Le Voyage, Dance....), mais de picorer au fil du répertoire des œuvres du même intérêt, mais de moindre notoriété. Jean-Marc Padovani est totalement en phase avec cet univers, où se mêlent le jazz de stricte obédience de l'après guerre (Shakalaka et ses multiples breaks : à sa manière, Motian était un enfant du bebop) et la liberté du free et de ses prolongements (prolongements dont le compositeur-batteur fut un acteur). Paul Brousseau, au piano comme au piano électrique, épouse les contours de ces paysages sonores ; Ramon Lopez est au diapason de ces univers contrastés, auxquels il procure avec pertinence des accents très libres (quand on joue dans un hommage à Motian, c'est une qualité indispensable !) ; et, convié dans les morceaux qui requièrent la couleur instrumentale du doudouk, instrument arménien à anche double, Didier Malherbe sert exactement cette musique, en lui apportant les prolongements improvisés les plus idoines. C'est un musicien lié à l'Arménie, comme Motian, qui tient la contrebasse : Claude Tchamitchian est ici en terre de connaissance, et à la fin du brillant solo de contrebasse de It Is, après avoir éloquemment joué en pizzicato, il se saisit de l'archet pour ouvrir l'écrin où vont se lover les ornementations du doudouk. Quant au saxophoniste-leader, qui avait joué naguère avec Motian, il est totalement engagé dans la musique qu'il a choisi de servir, et de célébrer, exact de bout en bout, tout en laissant à ses partenaires l'espace requis par une conception ouverte et démocratique de cette musique. Pas de doute, même s'il nous a quittés en 2011, Paul Motian est toujours vivant, car il est en mouvement, comme le titre du disque l'indique.

Xavier Prévost

Le groupe est en concert à Paris, à La Chapelle des Lombards, rue de Lappe, du 20 au 22 octobre, à 19h30. Et il sera le 7 novembre à Nevers pour le festival « D'Jazz ».

Une présentation sur Youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=EHM8UPsZzc0

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