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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 22:59
THE LOST STRING Marc RIBOT

THE LOST STRING Marc RIBOT

Anaïs PROZAIC

DVD sorti en 2007

La huit production en collaboration avec Mezzo

https://www.youtube.com/watch?v=PRNxdNfyH4E

Ah Ribot ! Voilà un portrait très complet qui suit de très près le musicien juif Newarkais (descendant d’un rabbin de Biélorussie), l’un de ces «guitar hero» capable de tout jouer, de « faire du bruit » mais aussi d’utiliser des fragments, des citations nombreuses dans ce qui est étiqueté parfois comme « downtown music », ou de l’entertainment, de la musique savante ou de la musique pour clubs. Difficile de le classer, comme le jazz d’ailleurs, depuis le bebop, précise-t-il. On suit avec intérêt son apprentissage de la musique qu’il commença par la trompette, avant que la pose de bracelets dentaires ne l’oriente vers la guitare, sans avoir pu vraiment entendre Miles, ce qui aurait peut-être changé la donne. Il apprécie beaucoup de travailler en 1979 avec l’organiste Jack Mc Duff dans le « Chiltin circuit » pour noirs, affirmant que le seul public qui l’ait jamais bien écouté était celui des amateurs de jazz qui applaudissaient la retenue alors que le public blanc avait tendance à confondre guitare et trompette, hurlant au prodige en entendant une note aigue ! Il a appris son métier en jouant dans toutes sortes de formations, avec les artistes de la Stax comme Solomon Burke enregistrant Soul alive, jugé par les critiques comme un album à l’ esthétique « rigoureusement noire », accompagnant aussi les tournées de RufusThomas, Wilson Pickett. Il semble alors vouloir inventer une nouvelle version du mythe du Nègre blanc. Obsédé à un moment par Prime Time et les possibilités de l’improvisation collective, plus proches du funk et de la musique africaine que du jazz, il pense que le courant du jazz qui commence avec Thelonius Monk, Ornette Coleman et Albert Ayler peut aussi s’inscrire dans l’histoire du rock. Voilà pourquoi il est dommage de l’avoir associé un peu trop rapidement à un style «anti rock» au lieu de le classer dans les «power chords».

Si le DVD privilégie les solos, on sent bien qu’il est à l’aise dans toutes les configurations, prêt à toutes les expérimentations, allant même à L.A pour jouer avec des surfers ! De longs extraits de concerts de diverses époques, en solo, en groupe, intercalés d’interviews du musicien ou de ses complices comme Anthony Coleman, ou Arto Lindsay qui avoue que Marc s’est éloigné de ce qu’il connaissait, survivant des époques troublées du sida et de la drogue.
Si Rootless Cosmopolitans est son premier groupe, il a participé à de nombreuses formations, joué avec Arsenio Rodriguez, les Lounge Lizards jusqu’à l’Electric Masada de son ami John Zorn. C’est un « performer » avant d’être un conceptualiste comme Zorn qui utilise son jeu pour véhiculer ses idées. Acteur de la nouvelle scène juive radicale avec Shrek, Ribot tente t-il de réécrire une « pastorale américaine » ? Une forme émerge du bruit, du subconscient collectif ou non. Plutôt que de jouer la bonne note, il préfère comprendre le sens du projet musical, et ne désire pas donner de leçons. Ayant appris la guitare classique, il avoue aussi avoir compris comment résoudre un immense problème en le fractionnant en tout petits. Les pièces de guitare classiques sont des « monstruosités physiques », contre nature, impossibles à exécuter. Approche utile que l’on peut appliquer ailleurs...Il cherche constamment, penché sur sa guitare, passe son temps à essayer autre chose, hésitant dans ses gestes, dans la veine des grands improvisateurs qui ont intégré toute l’histoire de la musique et de leur instrument. Gageons qu’à l’instar d’Hendrix, il vit avec sa guitare. Les bonus montrent bien l’étendue de sa palette de « I’m confessin » « gratouillé » doucement, à l’étude « Shevet » de John Zorn, expressionniste et bruitiste, sans oublier le support classique des « Recuerdos del Alhambra » et le blues poignant de « St James’Infirmary ».

Un document passionnant qui nous fait redécouvrir, avec ce musicien hors pair une histoire de l’instrument, à travers les variations d’une guitare caressée, frottée, pincée, qui résonne délicatement aussi. Une guitare harpe, célébrée, jamais torturée longtemps par les délires électrifiés qu’il maîtrise pourtant. Et puis quel titre intrigant que « la corde perdue ».

Sophie Chambon

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