Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 22:17
D'JAZZ NEVERS FESTIVAL : LES DEUX DERNIÈRES SOIRÉES

©A.Honhim

.

On était heureux et insouciants, le vendredi 13 novembre à 20h30 : heureux de réécouter le duo François Couturier / Anja Lechner entendu à « Jazz in Arles » en mai dernier : (cf. Les DNJ : http://www.lesdnj.com/2015/05/jazz-in-arles.html) ; heureux de découvrir sur scène le nouveau quartette d'Enrico Rava (celui du disque « Wild Dance », paru chez ECM fin août) : cette fois l'invité n'était pas le tromboniste Gianluca Petrella, mais le saxophoniste Stefano Di Battista.

Le duo Lechner/Couturier, en donnant pourtant pratiquement le même programme qu'en mai (celui du CD « Moderato Cantabile », ECM, 2014), en offrait une vision différente, dotée d'une nouvelle énergie et d'une nouvelle fraîcheur : perfection du timbre de la violoncelliste, formidable sens de la nuance et de l'expression chez le pianiste. La musique parcourt tous les territoires, du piano romantique jusqu'au jazz en passant par des bouffées de musiques du monde. Lyrisme absolu, recueillement, et sensualité douce d'un univers sans fracas, mais pas sans intensité.

Le quartette/quintette d'Enrico Rava donne lui aussi un programme nourri du dernier disque. Mais là encore on ne rejoue pas la partie : tout se fait au bonheur de l'instant, au sursaut de l'inspiration, sous le doux empire de la connivence. Enrico Rava est au bugle, et le velouté de l'instrument sied à merveille à son lyrisme exacerbé, à son goût du chant. Stefano Di Battista, au saxophone (alto ou soprano selon les instants), est aussi un grand lyrique. Mais son expression est plus vive, quand celle de Rava joue la retenue, le suspens : la combinaison est superbe. Et la rythmique, timide durant les premières minutes, va ensuite donner sa pleine mesure, expressive et hardie.

Le bonheur est parfait, et quand on sort de la salle de la Maison de la Culture, c'est pour apprendre qu'à Paris, pendant ce temps-là, des dizaines de morts ont endeuillé la France pour longtemps : stupeur et sidération.

Le lendemain, samedi 14 novembre, le concert est privé de sa seconde partie, en l'occurrence le groupe de John Scofield & Joe Lovano, bloqué en Autriche par les incertitudes des transports aériens consécutives aux attentats de Paris. La salle est pleine, le public a refusé la terreur, et répondu présent. Le chanteur Hugh Coltman donne un programme consacré à Nat King Cole (comme son disque paru cette année). Dans le groupe qui l'accompagne le pianiste Paul Lay, qui termine un remplacement d'une dizaine de concerts, brille de mille feux, car le vocaliste a su lui laisser l'espace que justifie son considérable talent. Hugh Coltman a dédié le concert à l'un de ses amis qui était la veille au Bataclan, et fait partie des innombrables victimes. Son concert, magnifique, est un témoignage d'espoir, de tolérance, d'adhésion aux valeurs de la vie. Il en parlera chaleureusement au public vers la fin du concert. Il nous donne tout : la suavité de King Cole, le swing, une escapade vers un thème soul funk qui embrase l'assistance.... et des ballades à tomber, avec l'exquise délicatesse du pianiste pour écrin. Hugh Coltman, malgré sa peine, nous a offert une formidable leçon de vie, de fraternité, d'humanité : chapeau l'artiste, et merci !

Xavier Prévost

Ce concert a été diffusé en direct sur Culture Box ; il sera bientôt disponible en replay à cette adresse :

http://culturebox.francetvinfo.fr/festivals/d-jazz-nevers-festival/hugh-coltman-au-d-jazz-nevers-festival-2015-230427

Partager cet article

Repost 0
Published by Xavier Prévoost - dans Compte-rendus de concerts
commenter cet article

commentaires