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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 13:09
REIMS JAZZ FESTIVAL : SOPHIA DOMANCICH & MARK TURNER

SOPHIA DOMANCICH « Snakes and Ladders »

Sophia Domancich (claviers), Himiko Paganotti & John Greaves (voix), Éric Daniel (guitare)

Opéra de Reims, 5 novembre 2015, 20h30

On connaît la pianiste sous de multiples jours : jouant des standards très revisités en duo avec Simon Goubert, ou ses propres musiques avec son groupe « Pentacle » ; improvisant de la manière la plus libre en traversant les idiomes chaque fois qu'une aventure nouvelle se profile ; ou encore parcourant tous les paysages du trio (DAG, avec Simon, et le très regretté Jean-Jacques Avenel ; ou rencontre avec William Parker et Hamid Drake, entres autres expériences....). Mais la jazzosphère oublie trop souvent que la pianiste coule aussi d'une autre source : le rock progressif britannique, et l'École de Canterbury, dont elle a côtoyé de longtemps les représentants les plus remarquables, comme Elton Dean, Hugh Hopper, Pip Pyle.... Sans oublier bien sûr John Greaves, et Robert Wyatt. Ce dernier était l'invité, pour une plage, du disque « Snakes and Ladders », publié en 2010. Sur scène, l'effectif est plus modeste, et les historiques de l'histoire ont été rejoints par le guitariste Éric Daniel. Le répertoire est très majoritairement composé par Sophia, sur des textes signés Jacqueline Cahen, John Greaves, et Himiko Paganotti. La musique procède d'un univers sinueux, bifurquant hors de l'évidence harmonique : on pourrait parfois songer à une forme de chromatisme mélancolique.... Dans cet univers inclassable le jazz s'infiltre, par une envolée pianistique, ou des éclats de guitare, sophistiqués ou violemment expressifs, selon les instants (Éric Daniel est décidément un très grand talent, scandaleusement mésestimé....). Himiko Paganotti, de sa voix droite et parfaite, fait complément et contraste à la raucité expressive (et inimitable !) de John Greaves. Mais la chanteuse réserve aussi, au détour d'une phrase, la surprise d'une hyper expressivité que ne renierait pas Kate Westbrook. Le concert nous conduit d'émois en étonnements, et nous offre au passage une nouvelle version de Kew. Rhone, thème conçu en 1976 par John Greaves et Peter Blegvad pour un disque culte, et repris par John en 1994 dans son disque « Songs », avec le concours de Robert Wyatt. Cette nouvelle mouture, éclairée par la tension féconde entre les deux voix, fera chemin en nos mémoires. Et après d'autres compositions de la pianiste, décidément en osmose avec ses partenaires, le concert se conclura, en rappel, par une chanson de John, d'une simplicité et d'une intensité rares.

MARK TURNER Quartet

Mark Turner (saxophone ténor), Avishaï Cohen (trompette), Joe Martin (contrebasse), Obed Calvaire (batterie)

Opéra de Reims, 5 novembre 2015, 22h

Après Rotterdam, Bâle et Parme, avant Bologne et Vienne, et en attendant Strasbourg (Festival Jazzdor) le 11 novembre, le saxophoniste Mark Turner faisait étape à Reims, dans cet opéra que les anciens Rémois (catégorie à laquelle j'appartins naguère - je devrais presque dire jadis, tant 1965 me semble lointain....) continuent obstinément d'appeler le théâtre. Le groupe, c'est celui du disque « Lathe of Heaven », publié en 2014 chez ECM ; à une différence près, le batteur. Sur le CD c'était Marcus Gilmore ; et pour cette tournée c'est Obed Calvaire, entendu notamment chez nous ces dernières années avec Jacques Schwarz Bart. Et c'est autour de lui que semble s'organiser cette cérémonie rythmique d'une richesse confondante. Les thèmes de Mark Turner, extrêmement élaborés, jouent en finesse sur des déclinaisons et transformations de rythmes que l'on perçoit sans toujours parvenir à les analyser. Le batteur, dans une perspective qui rappelle Ed Blackwell, s'engage parfois dans les polyrythmies les plus folles avec une aisance qui nous porterait à croire (indûment) que tout cela n'est que l'enfance de l'art. La paire rythmique qui associe Obed Calvaire à Joe Martin est d'une vitalité et d'une effervescence extraordinaires ; le mouvement est permanent, intense. Et sur cette assise souple et rigoureuse, deux personnalités assez différentes se croisent et se complètent : Avishaï Cohen, le trompettiste exubérant et virtuose, et Mark Turner, le saxophoniste qui met de la pensée dans chaque thème et dans chaque phrase, dissimulant fort bien son jeu dans une apparente décontraction d'essence lestérienne. Le trompettiste s'engage dans des escapades volubiles, mais en restant toujours maître de l'impeccable construction de ses solos. Et la richesse d'inspiration du saxophoniste déjoue constamment l'automatisme et le cliché, pour laisser parler d'un seul geste la pensée musicale et la sensation : c'en est fascinant ! Public bluffé, et conquis. En rappel Mark Turner nous offre une de ses anciennes compositions, issue d'une époque où la trinité Tristano-Konitz-Warne Marsh nourrissait son inspiration : Lennie Groove, dérivé de Lennie's Pennies ; le bonheur est total, et il faut en remercier Djaz 51, et toute l'équipe qui organise le Reims Jazz Festival.

Xavier Prévost

Le groupe de Mark Turner jouera le 11 novembre 2015 au Pôle Sud de Strasbourg pour le festival Jazzdor

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