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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 18:24
Theo Ceccaldi Petite Moutarde

ONJAZZ records

www.onjazz.org www.tricollectif.fr

https://www.youtube.com/watch?v=jSW0mjScJ-I

Théo Ceccaldi (ONJ Benoît) a sorti avec un petit orchestre de chambre, un quartet inspiré, ce délicieux album dont les titres répondent tous à un nom de condiment : Petite moutarde sans vous monter au nez, échauffera vos sens et ravira votre esprit. Né d’une résidence à l’Atelier du Plateau, ce projet du violoniste-compositeur bénéficie du soutien ardent du batteur Florian Satche (Tri Collectif, Marcel et Solange), d’Alexandra Grimal aux divers saxophones et à la voix, et d’Ivan Gélugne (quartet d’Emile Parisien) à la contrebasse. Sans aucun doute cette musique apparaît en concert comme l’exacte BO d’un vrai film projeté sur l’écran, mais chez vous, avec le seul Cd, le mérite de cette musique est de vous rendre compositeur d’un film imaginaire à partir des scènes les plus folles, les plus délirantes, toujours oniriques en diable. Et l’on comprend mieux en apprenant que l’inspiration vient d’un film de René Clair sorti en 1924, Entracte, muet et dadaïste, hommage aux arts du cirque, aux films burlesques, dont la partition fut écrite par Eric Satie. Le scénario part d’un rêve d’enfant, incluant des scènes surréalistes comme la folle poursuite d’un corbillard, une danseuse barbue en contreplongée, un œuf soulevé par un jet d’eau, des ballons à tête de personnage, des allumettes animées. Initialement prévu pour être projeté pendant l’entracte d’un ballet de Francis Picabia et Jean Börlin, c’est la première intervention du cinéma dans une représentation de danse et donc une fusion d’un art total. Transposée aujourd’hui, c’est l’imagination au pouvoir servie par la puissance et l’énergie d’un quartet de choc, plus encore que de charme, qui vous bouscule un peu, beaucoup, tout au long de ces 8 petites pièces. Pas si petites quant à la durée mais petites par le titre qui commence toujours par ce qualificatif qui finalement sied à notre pays : « un p’tit ciné, un p’tit restau, un p’tit weekend », sans l’acrimonie du romancier Nicolas Fargues dont le livre Au pays du P’tit (qu’il faut peut être lire entre les lignes) dresse un portrait de nous, les petits Français. Fantaisie des lignes mélodiques, timbres et couleurs indissociablement mêlés, ruptures de rythmes, du rock à la King Crimson, un groove réel, des improvisations échevelées, la musique est servie dans l’écrin de cette formation épatante : ils sont tous formidables de Satche qui bat comme il respire (écoutez « Petit poivre de Sichuan »), roule, claque, cavalcade, de l’impeccable Grimal aux sons doux et filés ou stridents et emportés –c’est comme vous voulez (« Petit raifort », « petit wasabi »), de Ceccaldi qui vous fait vibrer tout le temps au son de son archet extravagant. Sans oublier le clopin-clopant de Gelugne, le rythme qu’il implique aux élucubrations et autres vociférations sur « Petit chipotl »...

Qualité de l’écriture indéniable, intelligence musicale qui combine styles, formes et sens, brûlante interprétation, humour avec un rien de provocation, voilà des épices qui servent à améliorer drôlement notre ragoût quotidien.

A écouter et surtout à voir sur scène... impérativement. Un spectacle vivant et emporté, fébrile et dynamisant, d’autant plus recommandé en ce moment !

Sophie Chambon

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