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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 14:16
UN CADEAU IDÉAL POUR LES AMATEURS DE PIANO : BRAD MEHLDAU « 10 Years Solo Live »

Brad Mehldau (piano solo) Enregistré en concert, en Europe, entre 2004 & 2014

Nonesuch 549103 / Warner Music

Pour élaborer ce coffret (4 CD ou 8 vinyles), Brad Mehldau a réécouté 40 concerts donnés en Europe entre 2004 et 2014, enregistrés par son ingénieur du son, et aussi par les radios publiques (Radio Danoise, BBC & Radio France). Il a ensuite sélectionné des extraits de 19 d'entre eux, qu'il a organisés pour l'édition phonographique en 4 grands chapitres : l'un associant le sombre et le lumineux, l'autre redessinant un concert idéal, le troisième associant l'idée d'intermède à celle de regard rétrospectif, et le dernier mettant en relation des musiques, en Mi mineur et Mi majeur, empruntées à Léo Ferré, Brahms, Pink Floyd, les Rolling Stones.... Le tout est, comme souvent chez le pianiste, accompagné d'un copieux commentaire rédigé par ses soins : à la faveur d'une de ses compositions intitulée Meditation I - Lord Watch Over Me, Brad Mehldau évoque Dieu, comme coexistence de l'ombre et de la lumière, comme le silence qui rend possible la musique, le négatif qui suscite l'affirmation de l'être. Et le propos dérive de titre en titre, d'inspiration en concrétisation, sans que l'on sache toujours si c'est le discours qui structure cette fresque musicale, ou la musique qui serait la source de ce discours, voire son simple prétexte. Quoi qu'il en soit, c'est la musique que l'on évoquera, en survol, car l'abondance rend un commentaire détaillé illusoire en une telle chronique. C'est une vision panoramique de tout ce que l'on peut déceler des tropismes du pianiste : les nouveaux standards issus de la pop et du rock (Le cher Radiohead bien sûr, mais aussi Jeff Buckley, les Beatles, Massive Attack, Nirvana, les Beach Boys....) ; les « vrais » standards comme le jazz les chérit depuis des décennies (ceux de Richard Rodgers, Harold Arlen, Jerome Kern, Jobim....) ; les « standards du jazz » (Coltrane, Bobby Timmons ; Monk, avec deux thèmes, un Monk's Mood réharmonisé avec révérence, et Think of One, entraîné progressivement de sa claudication originelle vers une sorte de tempête rythmique et de déconstruction amoureuse). À quoi s'ajoutent deux pièces de Brahms, jouées dans leur littéralité originelle, et bien sûr quelques compositions de Mehldau, pour baliser mieux encore son univers. On se penchera avec délices sur deux versions de Knives Out de Radiohead (Rome 2011 & Londres 2004), très différentes, entre furia romantique et vertige contrapuntique. Les contraintes du vinyle ont obligé à intervertir à deux reprises des plages en raison de durées dissymétriques, mais le tout restitue bien le désir de Brad Mehldau d'offrir une vision, un ordre, une cohérence, une voyage ou une dérive. Et l'on est conduit progressivement vers les longues plages finales, en apothéose, qui concluent l'objet, à grand renfort d'ostinato et de transe hypnotique. Le voyage est envoûtant, vertigineux : c'est du grand piano de jazz, du grand piano tout court, bref de la grande musique au sens le plus œcuménique du terme.

Xavier Prévost

Infos et extrait sur le site de Nonesuch

http://www.nonesuch.com/albums/10-years-solo-live-cd

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