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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 09:09
BAPTISTE HERBIN « Interférences »

Baptiste Herbin (saxophones alto, ténor & soprano, valiha), Renaud Gensane (trompette & bugle), Maxime Fougères (guitare), Sylvain Romano (contrebasse), Benjamin Henocq (batterie)

Invités : Pierre de Bethmann (pianos acoustique & électrique), André Ceccarelli (batterie), Dolly Ratefinjanahary (voix)

Meudon, septembre 2014

Just Looking Productions JLP 12 / Harmonia Mundi

Pour son second disque en leader, Baptiste Herbin a choisi pour la plupart des plages la formule du quintette avec guitare. La tradition (les traditions, celles des années 50 – 60, et plus si affinités) se trouve revisitée, exaltée, parfois restituée dans des standards de jazzmen (Monk, Jackie McLean, Jimmy Raney). L'esprit est celui du hard bop rénové dans les années 50 par des ambitions musicales nouvelles (tendance Gigi Gryce, Art Farmer....), et l'équipe rassemblée autour du saxophoniste en connaît un fameux rayon dans ce domaine. Il faut entendre dès la première plage les souffleurs qui soutiennent et relance de leur riffs un très aérien solo du guitariste. Au saxophone alto, Baptiste Herbin avoue l'influence parkérienne, tendance Phil Woods parfois. C'est fluide, maîtrisé, et l'association avec le trompettiste est exemplaire (l'échange en contrepoint improvisé sur My Friends). Sur une ballade, les phrases improvisées respirent, une citation de Laura permet de rebondir vers une autre idée. Côté batterie, Benjamin Henocq officie avec tact et souplesse, le rebond est toujours assuré, et sur quatre plages c'est André Ceccarelli, batteur du premier disque (« Brother Stoon », publié voici plus de 3 ans) qui donne la réplique, sans ostentation mais avec le souci de mettre en valeur un jeune musicien pour lequel il n'a pas caché son admiration. Le pianiste Pierre de Bethmann, également titulaire sur le premier CD, vient ici en renfort sur 3 plages, au piano acoustique, et aussi à l'historique Wurlitzer pour le thème conclusif, Interférences, où le discours musical dérive vers les seventies. La plage précédente, qui tenait lieu de prélude, était en solo, et c'est sans filet que Baptiste Herbin s'est lancé à l'assaut de Ask Me Know de Thelonious Monk : gonflé, et convaincant. Avant cela, c'est au soprano (et au ténor par la magie du réenregistrement) que le saxophoniste s'est évadé, sur un rythme des îles, et je suppose que c'est lui le flûtiste mystère dont le nom ne figure pas sur le CD.... Sur ce même titre il joue de surcroît de la valiha, une sorte de cithare malgache. Au soprano également, il a parcouru une belle ballade, progressivement rejoint par la guitare, puis par la basse et la batterie. Sylvain Romano tenait déjà la contrebasse dans le premier disque du saxophoniste, et il marque celui-ci par la force tranquille qu'il injecte dans chaque intervention. L'album culmine peut-être avec les références déclarées : Parker 51, de Jimmy Raney, concentré de bebop de la plus fine énergie, et là tout le monde s'en donne à cœur joie ; et aussi avec la double évocation de Jackie McLean, par la reprise de son thème Appointment in Ghana d'abord, puis par une ballade à lui dédiée (Renaud Gensane impérial au bugle). Maxime Fougères est comme toujours le partenaire idéal pour cette esthétique, et c'est un vrai plaisir que d'entendre ces jeunes musiciens (Baptiste Herbin et Renaud Gensane) qui, parallèlement au « métier » qui les conduit aux côtés de Charles Aznavour ou Christophe Maé, s'affirment comme d'authentiques jazzmen, comme avant eux Dédé Ceccarelli, ici présent, et beaucoup d'autres dans les générations qui les ont précédés.

Xavier Prévost

Baptiste Herbin jouera en quintette à Paris, au Sunside, les 19 & 20 février 2016, pour fêter la parution de ce disque.

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Published by Xavier Prévost - dans Chroniques CD
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