Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 00:04
CORONADO « Au pire, un bien »

CORONADO : Gilles Coronado (guitare), Matthieu Metzger (saxophone alto, effets électroniques), Antonin Rayon (orgue et autres claviers), Franck Vaillant (batterie, percussions électroniques). Invité sur une plage : Philippe Katerine (voix)

Pernes-les-Fontaines, 9-11 mars 2015

La Buissonne RJAL 397026 / Harmonia Mundi

L'un des traits saillants de Gilles Coronado, c'est certainement son absolue singularité. Leader de son propre groupe, Urban Mood, voici plus de 20 ans, il a parcouru tous les territoires du jazz contemporain en une quête perpétuelle d'écart, d'altérité, voire d'altération du discours musical ambiant. Ses affinités multiples et électives l'ont conduit aux côtés de Louis Sclavis mais aussi du collectif Hask, et des groupes de cette mouvance (Thôt, Print, et les alliés d'Outre Quiévrain que sont Aka Moon). Formé comme beaucoup de musiciens de cette nébuleuse par les académies d'été du Banff Center for Fine Arts, dans l'Ouest canadien, il garde trace des libertés conquises dans ce contexte, sur le plan des rythmes, des structures, et d'une farouche revendication d'autonomie artistique. Une renaissance d'Urban Mood, voici deux ans, l'avait associé à Matthieu Metzger (lui aussi passé par un groupe de Louis Sclavis), Jozef Dumoulin (auquel succède désormais Antonin Rayon), et un complice de longue date, croisé dans bien des aventures : le batteur Franck Vaillant. Et c'est encore un nouveau départ à la faveur du changement de clavier : le groupe s'intitule tout simplement Coronado, et c'est bien un groupe, plutôt que l'identité d'un leader. On croit reconnaître ici et là des influences multiples, venues du rock progressif-ou du rock tout court-, de la musique répétitive, de la musique sérielle, et des aventures surgies depuis trois décennies des prolongement du mouvement M'Base. Mais aucune adhésion à nulle chapelle, rien que la revendication radicale d'une pulsation complexe, un sens confondant de la dramaturgie musicale, et une liberté de chacun des membres dans ce très collectif dispositif. Les thèmes (dont quelques uns appartenaient déjà à la récente mouture d'Urban Mood) sont à la mesure de l'humour inventif de leurs titres (Des bas débits des eaux, La fin justifie le début....) ; et l'intervention du chanteur Katerine (complice en d'autres aventures du guitariste, du côté du Gros Cube d'Alban Darche, et du groupe « Francis et ses peintres ») apporte une note supplémentaire de fraîcheur décalée. Au pire, un bien, la chanson qui donne son titre à l'album, éclaire de son humour légèrement pataphysique un objet artistique d'une grande richesse. Décidément le guitariste signe une fois encore une œuvre originale, qui ravira tous ceux qui aiment les empêcheurs de jouer en rond, ou de penser en boucle.

Xavier Prévost

Le groupe jouera le 30 mars au Vauban de Brest ; le 31 mars Aux Anges, à Guern dans le Morbihan ; le 1er avril au Pannonica de Nantes, et le 5 avril à Paris au Studio de l'Ermitage.

Des extraits sur Bandcamp :

https://labellabuissonne.bandcamp.com/album/au-pire-un-bien

Partager cet article
Repost0

commentaires