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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 13:17
Machado/ Ithursary un duo voyageur

Uppercut : rue Sainte, Marseille (7ème)
Jeudi 24 mars, 21heures
https://www.youtube.com/watch?v=oaeGdcz8QW0
www.didierithursarry.com
www.jeanmariemachado.com

C’est à Marseille, au bout de la rue Sainte dans le quartier historique de l’abbaye de St Victor (Vème siècle de la chrétienté) et du four aux navettes, encore plus célèbre dans la cité phocéenne, que se déroule cette scène. Un quartier ou plutôt un lacis de ruelles qui se « boboisent», centre nocturne de la jeunesse qui sort à Marseille. Le club de jazz, l’Uppercut n’est sans doute pas pour rien dans cette initiation. La salle du haut donne dans une restauration rapide, pas toujours rapidement servie, avec à la carte, une sélection intéressante de bons vins. La cave accueille des concerts en première partie de soirée avant que les DJs ne s’installent pour continuer la fête.
En ce jeudi soir, l’une des soirées actives en semaine, se produisait le duo Jean Marie MACHADO/ Didier ITHURSARRY dans un programme de reprises et de créations, rodant leur prochain album. En une vingtaine d’années, Jean-Marie Machado a enchaîné des projets très différents, tout en suivant le fil de sa propre histoire musicale. Vivant la musique plus comme un passeur qui compose que comme un chercheur, il intègre les musiques, et leur intime poésie dans une direction nouvelle, plus personnelle, effectuant sa propre synthèse. Difficile de renier ses origines, il y a également du chant dans la musique du basque Didier Ithursarry, le «kantuz» qui exprime dans cette langue difficile et mystérieuse, « l’instant présent où l’on chante». Du lyrisme, il y en aura donc dans leur musique commune. Et de la danse encore et toujours, les deux hommes ne se sont-ils pas connus dans l’orchestre de Jean-Marie Machado DANZAS, il y a près de dix ans ?
Une invitation à la danse avec des rythmes vifs, comme cette valse « Little Dog Waltz » qui sans faire forcément écho à Ravel, rappelle qu’elle n’est pas synonyme des seuls plaisirs bourgeois. L’accordéoniste vient aussi du bal et de cette tradition populaire, qui n’est pas un folklore imaginaire. Le fado a une place particulière dans le cœur de JM Machado. Rappelez-vous de ce superbe album Sœurs de sang (Le Chant du Monde, 2007) où il réunissait le blues de Billie Holiday et la « saudade » d’Amalia Rodriguez, pour faire vite. Il disait alors souhaiter trouver «entre les rives du fado et du jazz un endroit sensible et commun».Le dernier morceau sera donc un fado (qui ne figurait pas dans le disque cependant), pour restituer le mystère du fado et la nostalgie du blues.
Ainsi, partant de ce socle qui les constitue, de leurs racines, le pianiste et l’accordéoniste nous emmènent fort loin. Ils font leur jazz, pour nous, un jazz de rêve, avec cette faculté de changer à chaque nouvel album, car cette musique accepte dérives et courants. S’ils se connaissent, ces deux musiciens ne tombent pas dans les chausse-trappes de l’habitude, même quand ils recyclent des compositions plus anciennes, comme ce «Blue Spice» du CD Eternal Moments de 2010 (Dave Liebman/ JM Machado) très monkien. Quand ils « arrangent», reconstruisent avec humour et une réelle habileté dans l’improvisation, le jazz revient toujours d’une façon ou d’une autre, se déjouant de toutes les formes classiques, revisité dans « JSB » en hommage au Cantor de Leipzig, ou prenant autrement qu’en si bémol mineur, le célèbre Nocturne de Chopin opus 9 n°1, qui devient alors une mélodie de film noir, une ritournelle lancinante. Leurs propres compositions renvoient elles aussi des échos, prélude à la découverte de leur imaginaire. Jean Marie Machado a un univers mélodique, vif et énergique, que ce soit dans ce bel « Aspirez la lumière» plein d’espoir ou dans le plus tourmenté et rageur «Broussailles» qui évoque les ravages de la tondeuse à gazon, « serial killer » des plantes et herbes folles....Quant à la «Berceuse» de Didier Irthussary, d’une douceur élégiaque, elle me renvoie, allez savoir pourquoi, à ce délicieux « Song of India », plus du côté de Chris Cheek que de Tommy Dorsey ?
Le jazz est la musique choisie pour être libre et apporter des couleurs nouvelles, un certain swing, osons le mot ! Piano et accordéon s’accordent bien : une affaire de matières, de textures qui souligne le caractère original de l’accordéon, loin des clichés qui lui sont associés. Ithursarry n’a-t-il pas tenté d’ailleurs avec succès, un autre alliage inusité cette fois, avec le hautboïste Jean Luc Fillon ?
Virevoltants, mélancoliques, toujours lyriques, ces thèmes, construits avec délicatesse et intelligence entraînent sur le versant d’une intimité que l’on partage chez soi ou que l’on savoure en club entre amis. Le set qui s’ouvre sur tempo vif, se conclut sur un rappel, une valse samba, tout aussi intense.
L’enregistrement de ce duo se fera à la Buissonne chez l’ami Gérard de Haro, en juin prochain et la sortie du CD en janvier prochain. Qu’on se le dise !
Sophie Chambon

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Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
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