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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 19:00
DOMINIQUE PIFARÉLY QUARTET « Tracé Provisoire »

DOMINIQUE PIFARÉLY QUARTET « Tracé Provisoire »

Dominique Pifarély (violon), Antonin Rayon (piano), Bruno Chevillon (contrebasse), François Merville (batterie, percussions)

Pernes -les-Fontaines, 22-24 juillet 2015

ECM 478 1796 / Universal

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Le CD paraîtra le 10 juin 2016

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Autant l'avouer tout net : j'ai pour ce groupe, ces musiciens et cette musique un attachement sentimental. C'est avec eux en effet que s'est achevée, le samedi 26 juillet 2014, ma carrière de radioteur professionnel, après 32 ans de (très) loyaux services à France Musique. J'avais été informé quelques semaines plus tôt que l'on mettait fin (prématurément à mon goût, et à celui d'un grand nombre de mes amis, musiciens notamment) à ma collaboration avec ma radio préférée. J'ai présenté le groupe ce soir-là, sur la scène de l'amphithéâtre du Domaine d'O, dans le cadre du festival de Radio France et Montpellier, où j'œuvrais pour la 29ème année consécutive. Et, franchement, je ne voyais pas de meilleure manière, puisqu'il fallait quitter l'estrade, que de le faire en compagnie de musiciens que j'admire, et dont de surcroît j'apprécie infiniment les qualités humaines. Ma chronique, vous l'aurez compris, sera hyper-subjective !

Après avoir parcouru tous les territoires du jazz, et en partie aussi ceux de la contemporaine (la musique dite telle), le violoniste s'est lancé dans une nouvelle aventure, à la fois formelle et humaine. Beaucoup d'amateurs se rappellent, à l'orée des années 90, l'Acoustic Quartet, qui associait Dominique Pifarély à Louis Sclavis, avec la complicité superlative de Marc Ducret et Bruno Chevillon. Nous revoici un peu dans une configuration comparable : excellence des instrumentistes, considérables talents d'improvisateurs, fermeté de la pensée alliée au goût du risque et du franchissement des frontières esthétiques. L'écriture est très présente, et cependant elle paraît n'être là que pour ouvrir grand les portes de l'improvisation, de l'invention, de l'expression. Les premiers sons semblent surgis du chaos originel, notes éparses et timbres riches (un violon qui offre la rondeur troublante d'une flûte japonaise!). Puis le discours s'organise. Nous sommes embarqués. Rythme et tempo convoquent ensuite le jazz, dans une liberté tonale qui sera de mise tout au long du disque. Le violon se fait tour à tour puissamment lyrique, acide, incisif ou d'une exquise rondeur. Le dialogue avec les autres instruments est permanent, comme si la voie, malgré l'incertitude de l'improvisation, était déjà tracée en connivence. Le tracé provisoire, c'est une composition, qui ouvre l'espace de l'improvisation. Chacun se fait soliste au moment opportun, et pourtant la musique ne cesse jamais d'être une et indivisible. Il y là du mystère, de la pensée et des pulsions, et l'on se dit que la pensée et la pulsion peuvent être indissociables. Venant à la suite du magnifique solo publié en 2015 (lire ici la chronique dans Les DNJ), cette nouvelle œuvre, collective et pourtant marquée du sceau de la création individuelle, est assurément l'une des pièces maîtresses de l'univers du violoniste. Indispensable donc, et à partager sans modération avec les mélomanes de toutes obédiences (et surtout avec ceux qui ne revendiquent aucune chapelle) !

Xavier Prévost

Le groupe jouera le mercredi 1er juin à Berlin dans la cadre de Jazzdor-Berlin programmé par le festival Jazzdor de Strasbourg

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Published by Xavier Prévost - dans Chroniques CD
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