Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 17:11

Polyfree. La Jazzosphère et ailleurs. (1970-2015)

Sous la direction de Philippe Carles et Alexandre Pierrepont

Collection Contrepoints

Editions Outre mesure

352 pages, 25 euros.

www.outremesure.lfi.fr

Il est enfin arrivé, l’ouvrage polyphonique sur la libre jazzosphère de ces dernières décennies. Voici le collectif de 29 auteurs dont les textes ont été réunis par deux spécialistes des musiques affines, Philippe Carles et Alexandre Pierrepont. Le premier s'est illustré avec Jean Louis Comolli qui signe d’ailleurs une postface définitive, en écrivant le fameux Free Jazz, Black Power (1971). Le second, inventeur de la formule Le champ jazzistique, dans le livre du même nom (2002) aux éditions Parenthèses est un actif « propagandiste» de cette musique, n’hésitant pas à lancer une passerelle, voire un pont par-dessus l’Atlantique avec les tournées du Bridge en particulier).

La quatrième de couverture exprime l’urgence de ces mouvements libertaires dont nous pouvons encore saisir aujourd’hui la « mémoire d’attaque », pour promouvoir un jazz, «objet de désir et mode de penser ».La seule maison d’édition sérieuse, capable de s’atteler à des sujets aussi pointus et de livrer un ouvrage de qualité, qui fera date, est évidemment OUTRE MESURE, dirigée par Claude Fabre.

Une préface qui déjà indique « le sens » à suivre : « Continuités, déplacements, brisures », une chronologie formidable, qui donne tout son relief à cette musique, en fait ressortir le « vif », quatre parties qui structurent tout en déconstruisant. Sans oublier comme toujours, un index précis, des biographies et discographies soignées. Un éclairage sans ambiguïté sur cette traversée du jazz, une chronique des principaux événements liés à son expression, à sa géographie des anciens et nouveaux territoires, une étude sociologique, économique... sans omettre d'emprunter les chemins de traverse. Cette « utopie de combinaisons exogènes » observe l'éclatement des musiques traditionnelles aux musiques électroniques, les confluences avec le rock...

Le lecteur se plaira à suivre ces pistes, comme dans un jardin aux sentiers qui bifurquent, à se pencher plus sérieusement sur les principaux représentants, les figures majeures, des voix prophétiques de l’AACM à Anthony Braxton, de Julius Hemphill à Steve Coleman, William Parker et John Zorn. On ne pourra rester indifférent aux chères Tendances hexagonales décrites subtilement avec l’expérience de Xavier Prévost qui oeuvra inlassablement sur France Musique à en découvrir les nouveaux écarts. La pertinence et la fermeté des analyses de spécialistes ( philosophes, musicologues, journalistes, programmateurs, psychanalystes...) offrent des ngles d’approche d’une diversité réjouissante (de la place des femmes dans le jazz, soit la longue marche, contribution attendue de JP Ricard au titre magnifique, à la thématique féconde de l’improvisation, sans négliger le silence à l’œuvre ou la batterie à toute épreuve).

On comprend vite que le jazz est moins un genre musical qu’un univers de référence qui a embrasé l’Europe des années soixante-dix, conquis le Japon sans oublier l’Afrique du Sud de l’apartheid.

Ainsi, les différentes contributions soulignent les transformations, l’aspect protéiforme du jazz, ce formidable lanceur d’alerte, refusant d’en figer les traits dans un portrait définitif. On prendra plaisir à lire cet ouvrage de qualité, en l’attaquant par le petit bout de la lorgnette, selon son seul désir, ou à le consulter comme un ouvrage déterminant, un « must » détaillé et précis, qui laisse ouverts les champs d’exploration d’une musique qui n’en finit pas d’être à côté, dans la déchirure du temps.

Sophie Chambon

 Ma Playlist (suite)

Partager cet article

Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans Livre
commenter cet article

commentaires