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6 août 2016 6 06 /08 /août /2016 15:29
@Claude Dinhut & Marianne Mayen  (TJA)

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Mercredi 3 Août : Cloître des Carmes

A la fin de leur concert, le quintet de Kyle Eastwood entonne, après un rappel musclé du « Boogie Stop Shuffle » tiré de Mingus Ah Hum, un « Joyeux anniversaire » et, à la plus grande surprise des deux présidents du Tremplin, Robert Quaglierini et Jean Michel Ambrosino, les nombreux bénévoles, tout de bleu vêtus, entrent en scène avec un énorme roulé de crêpes Suzette ( absolument délicieux, je confirme) soulignant ainsi le final de cette vaillante édition 2016. Il fallait bien ça en ce passage de la nuit symbolique du 4 Août, de l’abolition des privilèges, pour nous faire oublier une année sinistre.

Sinne EEG Quartet : la sirène de Copenhague sinnemusic.com

Sinne EEG (vocal), Jacob Christoffersen (piano), Lennart Ginnman( bass) Zoltan Csörz( drums)

La soirée avait commencé avec le concert de la chanteuse danoise Sinne EEG (prononcez « ig ») une révélation du jazz vocal suédois, bien qu’elle en soit à son septième album, intitulé sobrement Eeg- Fonnesbaek du nom de son contrebassiste virtuose. Elle a remporté en France le prix de jazz vocal de l’Académie du Jazz en 2014. Elle choisit d’interpréter en quartet un panaché de chansons de ses différents albums, dont Face the Music. Très enjouée, vive et gracieuse, la blonde et grande Scandinave présente de bon cœur ses compositions comme « The Best I Ever Had » qui se partagent son programme à égalité avec les standards du Song book qu’elle maîtrise parfaitement. C’est vrai que les Scandinaves ont la tradition chevillée au corps : elle a choisi de reprendre un « It might as well be spring » assez mélancolique (mais « April is the cruellest month » selon T.S ELIOT ) ainsi qu’un débridé « What a little moonlight can do » tout à fait indiqué en ce début août où le ciel se pare d’étoiles. Elle scate et improvise avec aisance d’une voix claire et chaude, se glissant dans le sillon creusé par Sarah Vaughan qui me semble être sa principale influence.

Kyle Eastwood Quintet :

Andrew McCormack (piano), Quentin Collins (trompette), Brandon Allen (saxophones), Chris Higginbottom (batterie)

Entouré de la fine fleur des jazzmen anglais, le contrebassiste californien va nous régaler de compositions de son dernier album, paru en 2015, chez Jazz Village, Time Pieces, dont le titre est parfaitement explicite. Kyle Eastwood joue la musique qu’il aime et qu’il a entendu pendant son enfance, et cela peut remonter à « Bullet train » de Big Noise from Winnetka du batteur Gene Krupa, en passant par le hard bop d’ Horace Silver, pianiste co-leader des Jazz Messengers. Et ce n’est sans doute pas un hasard si Horace Silver écrivit un mémorable Song for my father. Ou encore le caméleon surdoué Herbie Hancock ( « Dolphin Dance » de Maiden voyage). Un jazz historique. Il ne faut sans doute pas lui demander de s’aventurer sur les terres du free. Tout comme Woody Allen qui ne dépasse pas les années quarante dans ses BO ou alors passe à d’autres musiques y compris contemporaines. il mettrait ses pas dans les traces de son père ? Justement c’est le moment d’en parler,de la figure paternelle. Time Pieces, c’est le passage du temps, l’inscription dans une filiation assumée, si ce n’est revendiquée. Si la tentation du cinéma l’a effleuré, on se souvient du blondinet attendrissant, le neveu de Clint dans Honky Tonk Man en 1982, Kyle a choisi de se consacrer à la musique américaine. Et par des chemins qui bifurquent, il revient au cinéma puisqu’il participe aux B.O paternelles avec Michael Stevens. C’est ainsi que l’un des morceaux marquants du concert est une version réarrangée, du thème principal de « Letters from Iwo Jima » d’une douceur poignante, en duo avec le pianiste. C’est la seconde fois que j’entends ce programme en quelques jours, après la soirée du Mucem à Marseille, dans le cadre du festival des Cinq continents. Mais je suis dette fois tout à fait convaincue. Est ce parce qu’il a pris le temps de se (re) poser 3 jours à Avignon pour participer au jury du Tremplin jazz en tant que président? Le concert emporte très vite l’adhésion du public qui remplit le cloître, l’« acme » se situant lors de l’interprétation improvisée, lentement déployée de son « Marrakech » qu’il commence à jouer à l’archet sur sa drôle de contrebasse raccourcie, accompagné du seul sax soprano avant de passer à la basse électrique. Une pratique longue et assidue d’un instrument dont Kyle Eastwood maîtrise les techniques, à l’aise dans le slap, la walkin bass, à l’archet, changeant aussi pour la basse électrique comme Pastorius sur « Dolphin Dance ». Sérieux, réfléchi, il joue comme il est ou semble paraître. Détendu avec son groupe, comme en famille. Un vrai « professionnel », qui a su s’entourer de musiciens attentifs et experts, d’un pianiste brillant, Andrew Mc Cormack, de soufflants précis que j’aurais aimé cependant voir jouer encore plus souvent à l’unisson. Mais le groupe est soudé autour de sa rythmique et joue collectif, une mécanique bien huilée qui sait aussi donner sur le versant caliente, avec un « Capirinha » de circonstance, ou un « Prosecco smile » effervescent ! Pour l’anecdote, dès le lendemain, le groupe reprenait la ( longue) route pour Marciac (concert le vendredi 6 août) en compagnie de Pascal Bussy, en charge des label Jazz village et World Village chez Harmonia mundi pour aller écouter le soir même Ahmad Jamal …dans son unique concert programmé cet été.

Sophie Chambon

@Claude Dinhut & Marianne Mayen

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Published by Sophie Chambon - dans Compte-rendus de concerts
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