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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 17:42

Sylvain Kassap, Benjamin Duboc, Hamid Drake, le 9 novembre

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Lundi 7 novembre 2016

Le festival a commencé samedi en fantaisie multiforme : Fanfare orléanaise à fort tempérament hispanique, power trio helvète, Brotherhood Heritage (hommage vivant au regretté Chris Mc Gregor, voir le festival Europa du Mans)  http://www.lesdnj.com/2016/05/europa-jazz-une-journee-mancelle.html  et Truffaz pour conclure. Dimanche après-midi c'était recueillement de rigueur, avec John Surman en solo dans la Cathédrale. Les amis présents m'ont raconté ces deux journées, dont ils étaient plutôt contents. Arrivé dimanche soir sur le tard, je ne pourrai tenter de vous faire revivre, en forme de panorama, que les jours suivants.

Lundi, à l'heure de l'Angélus, dans la petite salle de la Maison de la Culture, c'était « Between », duo improvisé de musique et de danse, avec la danseuse-chorégraphe Héla Fattoumi et le violoncelliste Gaspar Claus. Plusieurs tableaux enchaînés dans une grande fluidité, mais en toute urgence, avec des images fortes, une prise de pouvoir du corps dans l'espace, et une poésie d'une belle expressivité.

Puis, à l'heure des Vêpres, à l'Auditorium Jean Jaurès, voici le Quatuor Ixi, formidable lancer de syncopes dans l'univers des cordes, avec un savant tuilage de l'improvisé dans l'écrit, des compositions inscrites dans des formes inventives (signées par le violoniste Régis Huby, l'altiste Guillaume Roy, et le violoncelliste Atsushi Sakaï), et de fulgurantes interventions du violoniste Théo Ceccaldi. Après 20 ans d'expérience commune des deux fondateurs, Régis et Guillaume, une belle confirmation du fait que, sans négliger l'histoire de cette instrumentation, notamment au vingtième siècle, on peut envisager autrement le son d'ensemble et l'interaction des voix.

Et à Complies, dans la grande salle de ma Maison de la Culture, la soirée commence avec le trio de Gary Peacock, annoncé en seconde partie. Il ouvre le spectacle car un probème d'annulations de vols internationaux affecte l'un des membres du trio qui va suivre. Le contrebassiste joue une longue introduction, et l'on se demande un instant où elle va aboutir. Vient le piano de Marc Copland, qui révèle le standard choisi, Estate. Ce début est un peu hésitant, voire laborieux. Tout s'éclaire ensuite, avec Jade Vision, Footprints et Watch What Happens. Le pianiste excelle dans l'art de poser des harmonies très riches, parfois audacieuses, et cela nourrit le cheminement du trio. Le batteur Mark Ferber montre une certaine subtilité, et une richesse de timbres. On est en vitesse de croisière. On aura ensuite des compositions originales, dont Vignette de Peacock, qui figurait sur le disque « Tales of Another » en 1977, sous le nom du contrebassiste avec pour pianiste un certain.... Keith Jarrett. Et après I Loves You Porgy, le rappel conclura pour de bon avec Doxy, de Sonny Rollins. Un beau moment de trio, avec cependant quelques baisses de régime.

Un trio devait suivre, vers 22h : Sclavis / Courtois / Pifarély. Mais Vincent Cortois, retenu à Sarajevo depuis la veille en soirée par plusieurs annulations successives de vol, pour mauvais temps et avec leurs conséquences en terme de saturation des vols suivants, n'a pas pu rallier Nevers dans les délais. C'est donc en duo que Dominique Pifarély au violon, et Louis Sclavis aux clarinettes, vont jouer une partie du répertoire de ce nouveau trio (qui fera l'objet prochainement d'un disque ECM). Pour avoir entendu ce trio à Paris à l'Atelier du Plateau, je peux témoigner que les versions étaient très différentes, mais pas moins vivantes. Les deux musiciens se sont stimulés, entre soubassement et solos, à tour de rôle, donnant à ce concert une densité mémorable. Quelques compositions d'un autre répertoire sont venues compléter ce programme qui a séduit toute l'assistance, et fait oublier le désagrément de cette défection très involontaire.

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Mardi 8 novembre 2016

Départ en impro totale, dès midi et quart, avec le duo Joëlle Léandre / Serge Teyssot-Gay. Ils jouent régulièrement ensemble, et ont aussi enregistré, mais le concert garde la fraîcheur d'un commencement. Le guitariste enfouit d'abord son énergie rock dans de longues tenues, sans attaque, auxquelles la contrebassiste répond à l'archet, en circonvolutions soyeuses. Puis le débat s'anime. Le pizzicato s'installe, l'expression se fait plus vive, les modes de jeu plus hétérodoxes : on entre dans le vif du sujet. Joëlle élabore un groove puissant, sur lequel elle pose, de sa belle voix, des profondeurs venues du gospel et des révoltes afro-américaines. Plus loin elle inventera une langue de fantaisie. Et toujours la force d'expression passe la rampe, soutenue en écho par le guitariste. Et la boucle de l'improvisation se refermera en douceur, quand la connivence des improvisateurs indiquera le terme, naturel et cohérent, d'une nouvelle page d'improvisation.

À 18h30, au Café Charbon, concert de Voodoo, rassemblé par le guitariste lyonnais Philippe Gordiani. Une très belle idée : réveiller l'imaginaire d'une rencontre musicale manquée entre Miles Davis et Jimi Hendrix. Le groupe a enregistré durant plusieurs jours dans le lieu en vue d'un prochain disque, qui sera complété par l'enregistrement du concert. Le trompettiste Antoine Berjeaut ne se réfère pas directement à Miles Davis, et cela participe à la force du projet. Le but est de composer, à partir des thèmes de Miles, période électrique, et de Hendrix, un ensemble qui restitue l'énergie de groupe, le groove, l'engagement des musiciens dans l'unité d'ensemble. Alice Perret aux claviers, Joachim Florent à la guitare basse, et Emmanuel Scarpa à la batterie, ont exactement le profil de la situation. C'est d'une grande effervescence collective, les solos se fondent dans la texture du groupe : belle réussite. On attend le disque avec une certaine impatience.

À 20h30, dans la grande salle de la Maison de la Culture, la soirée commence avec Equal Crossings, le groupe de Régis Huby. Grande suite en trois mouvements (publiée sur le disque éponyme chez Abalone / L'Autre distribution), c'est une œuvre qui traverse les territoires du jazz, de la musique improvisée, et de la musique contemporaine, voire du rock progressif. On glisse en permanence de l'écrit à l'improvisé, avec des interprètes-improvisateurs de haut vol : Marc Ducret, Bruno Angelini, et Michele Rabbia. Les échanges improvisés sont vifs et impressionnants, les parties écrites affichent une densité indéniable, avec des successions de tensions et de détentes qui donnent à la grande forme son armature. Une fois encore (après le quatuor Ixi), Régis Huby impose la qualité de son travail comme une évidence.

Vers 22h15, au même endroit, c'est la conclusion de la journée, avec le duo trompette-piano Paolo FresuUri Caine. C'est un duo régulier, qui s'est produit dans beaucoup de pays, depuis une dizaine d'années. Son matériau musical ? Les standards (de Broadway, et ceux du jazz), et sur l'autre versant la musique classique, et plutôt la période baroque. On va de Bach à Monteverdi et Barbara Strozzi, en passant par Gershwin, Miles Davis, Charlie Haden, Dizzy Gillespie, Sonny Rollins.... Le trompettiste impose son extraordinaire sens mélodique, en douceur, et devient véhément dans l'improvisation, glissant en permanence de la trompette au bugle. Uri Caine affiche un jeu nourri, fébrile mais d'une grande précision, et fait sonner le piano (ou le piano électrique) comme un orchestre. Parfois ils improvisent simultanément, croisant leurs lignes dans un dialogue vertigineux. Parfois un peu chargé côté piano, mais quand même, quelle joute !

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Mercredi 9 novembre 2016

Tout commence autour de midi, dans la salle Lauberty de la Maison de la Culture, avec le duo Busking, qui associe la guitariste Hasse Poulsen à la contrebassiste Hélène Labarrière. Comme ils l'ont fait sur leur disque éponyme (Innacor / L'Autre distribution), ils vont improviser à partir de chansons pop anglaises, danoises... ou francophones. La matière musicale est traitée avec la plus grande liberté d'improvisation, mais en passant souvent par un exposé fidèle, en appuyant si nécessaire sur le côté folky. De Phantom of the Paradise à Starmania en passant par Formidable, tous ces thèmes populaires sont visités avec une liberté confondante. Et sur Lucy In The Sky With Diamonds, le guitariste part dans un délire psychédélique sous acide, lequel atterrira en douceur sur une réexposition sereine par la contrebassiste. Belle pirouette qui révèle l'essence du projet.

Vers18h30, à l'Auditorium Jean-Jaurès, le groupe « Ethics » du contrebassiste Michel Benita fait entendre sa musique de mélanges sans frontières. On part souvent d'une base apaisée, d'un matériau musical d'une simplicité apparente, plutôt folky, et les éléments s'agrègent autour de la contrebasse, qui délivre la pulsation matricielle, et de la batterie de Philippe « Pipon » Garcia, doublée d'effets électro-acoustique qui balisent le terrain. Le bugle de Matthieu Michel trace des lignes claires, avec ce timbre inimitable, souvent en unisson ou en dialogue avec le koto de Mieko Miyazaki. Et la guitare de N'Guyên Lê joue tous les rôles, atmosphérique autant que soliste. On se laisse porter par une sorte d'envoûtement, jusqu'à une tension dans les improvisations qui parfois atteint un paroxysme rock, version fusion, ou encore progressif, attisé par la voix de Mieko Miyazaki. Le tout sur un répertoire où le disque récent, « River Silver » (ECM) ; prend une belle place, mais dans une approche attisée par le contexte de musique vivante.

 

D'JAZZ NEVERS : trois journées panoramiques

©Maxim François

À 20h30 la salle Philippe-Genty de la Maison de la Culture accueille en première partie un concert spectacle, J'ai horreur du printemps, inspiré par la bande dessinée Le Petit Cirque, de Fred. Mélange d'images de la BD, de musique originale (Stéphan Oliva, avec Christophe Monniot, Claude Tchamitchian et Ramon Lopez) et de poésie acrobatique. Conceptrice avec Stéphan Oliva de ce beau projet, Mélissa Von Vépy se présente comme artiste aérienne. Elle surgit de dessus l'écran, sur lequel elle évolue de son agilité acrobate (qui lui vient de sa pratique du trapèze) et le spectacle s'intègre aux images de la BD, mises en mouvement. C'est d'une infinie poésie, comme une parfaite réussite d'un spectacle pluri-disciplinaire qui aurait vraiment trouvé son accomplissement.

Vers 22h30 ce sera un trio d'improvisation, qui rassemble le clarinettiste Sylvain Kassap, le batteur Hamid Drake, et le contrebassiste Benjamin Duboc. Une phrase de clarinette basse installe un espace où la contrebasse, furtive, et la batterie, bruissante, vont s'insérer. Puis le dialogue s'installe, l'échange s'intensifie, et l'effervescence bat son plein. Une autre clarinette, petite, et démontée en deux segments joués simultanément, va introduire un autre climat, et de nouveaux emportements. Et ainsi de suite, dans un concert où le fil de l'improvisation défie le fil du temps, de surprise en égarement, d'incertitude en affirmation fougueuse. Tout le charme de la musique improvisée tient dans ce cheminement, magnifiquement erratique. Son charme, et sa beauté.

Xavier Prévost

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Published by Xavier Prévost - dans Compte-rendus de concerts
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