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26 octobre 2017 4 26 /10 /octobre /2017 15:49

Sullivan Fortner (piano) Desmond White (contrebasse), Guilhem Flouzat (batterie)

Brooklyn, 9 octobre 2016

Sunnyside SSC 1492 / Socadisc

 

Un trio à l'ancienne.... enfin presque : répertoire de standards (standards de Broadway, et standards du jazz, de toutes les époques, et pas les plus connus....), swing omniprésent, parfois une pointe de garnérisme, mais aussi des angles acérés qui rappellent le grand Thelonious, bref une manière de traiter le trio en parfait jazzman, qualité cultivée par le batteur durant un séjour de plusieurs années à New York. Après avoir nourri de compositions originales ses deux premiers albums, avec des formations plus étoffées, française («One Way... Or another», 2010) , puis états-unienne («Portraits», 2015), le batteur revient avec un épisode américain, accompagné d'un pianiste de la Nouvelle Orléans et d'un bassiste australien. Ce désir de trio est né d'une suggestion amicale de Laurent Coq, évoquée dans une carte postale reproduite sur la jaquette du CD. Belle idée, pour faire valoir que l'on peut s'attaquer aux standards sans ronronner dans la redite nostalgique. Le disque s'ouvre par There's no you (immortalisé par Sinatra, mais aussi par Betty Carter, Duke Ellington, Max Roach....), joué comme le jazz aime le faire des chansons, avec à la fois ce lyrisme codifié propre au genre, et ce goût du pas de côté qui rappelle qu'on est, ici, dans le jazz. Vient ensuite Oska T, thème de Monk assez rare, plein des brisures propres à son créateur, et ici émaillé de saillies bebop. Du très ressassé Perdido le trio donne une version plutôt singulière, entre doxa et transgression, avec un jeu sur les rythmes d'origines qui, là encore, revendique les libertés propres à cette musique. Et ainsi de suite jusqu'à l'ultime plage, laquelle a inspiré le titre de l'album : il s'agit de Happiness is a thing called Joe, que chantait Ethel Waters dans «Cabin in the Sky», le film de Minelli (en V.F. «Un petit coin aux cieux»), un film dans lequel on pouvait voir, et entendre, Armstrong et Ellington. La chanson fut reprise par Sarah, Ella et Abbey Lincoln, et le trio en donne une version de piano bar chic et sophistiqué dans lequel les clients seraient de vrais mélomanes, auxquels on peut offrir des rythmes suspendus et de subtiles dissonances. Au passage, en pénultième position, on a écouté Mrs Parker of KC, du trop confidentiel Jaki Byard, qui avait joué ce thème (sous-titré Bird's Mother) dans le groupe d'Eric Dolphy : drumming tendu, et hyper musical, monkisme, envolées bop et incursions dans l'au-delà du bop : un plaisir !

Xavier Prévost

 

Le trio est en tournée européenne. Après l'Italie et la Pologne, et avant l'Allemagne, il sera à Paris, au Sunside, les 31 octobre et 1er novembre 2017

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