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10 novembre 2017 5 10 /11 /novembre /2017 16:32

Fred Hersch (piano solo)

Seoul, Corée du Sud, 1er novembre 2016 & 1-3 avril 2017

Palmetto Records PM 2186 / Bertus distribution

 

On est frappé, chaque fois que l'on écoute Fred Hersch (et spécialement en solo) par l'espèce de magie qui s'impose, dès les premières mesures : forte présence du contrepoint de la main gauche, tandis que la droite expose, commente, et étend le champ mélodique (le chant). La clarté des lignes qui cheminent en toute indépendance, et pourtant dans une absolue cohérence, me rappelle chaque fois Glenn Gould, coutumier de ce défi qui mêle vertige et lisibilité. Et aussi Lennie Tristano, autre exemple de cette connexion directe entre les doigts et la pensée musicale. Et pourtant rien d'abstrait : sensualité et lyrisme parlent d'une même voix. Ce miracle musical s'accomplit, quel que soit le matériau : une composition personnelle, rêveuse autant que sinueuse ; ou un classique du jazz de la fin des années 50 (Whisper Not) ; une bossa nova si souvent ressassée (Zingaro alias Retrato Em Branco E Preto alias Portrait in Black and White), joué comme on jouerait un prélude et une fugue de Bach, mais en oubliant la partition ; voire une longue improvisation totalement ouverte (Through the Forest ), enregistrée en concert, et où le vertige devient abyssal. Et tout est à l'avenant, jusqu'à Eronel de Thelonious Monk (le pianiste adore aller dans cette direction, notamment sur scène en fin de prestation). Pour conclure Fred Hersch nous offre la version pianistique d'une chanson de Billy Joel, And so it goes, comme pour nous rappeler son attachement au chant. Le tout se joue dans une dévotion au jazz, et à la grande liberté d'interprétation et de métamorphose qu'offre cette musique.

On peut retrouver le parcours de ce musicien rare en lisant (en Anglais pour l'instant) l'autobiographie qu'il vient de publier : Good Things Happen Slowly, A Life in and Out of Jazz (éditions Crown Archetype). On y découvre le parcours singulier d'un artiste qui, sur le plan de sa vie personnelle comme sur celui de la musique, employa toute son énergie à devenir lui-même. La musique en général, et le jazz en particulier, s'y trouvent évoqués avec force et lucidité, notamment au travers de portraits, et de rencontres avec des artistes majeurs : Jaki Byard, le professeur encyclopédique du piano jazz au Berklee College de Boston ; McCoy Tyner, rencontré à la faveur d'un concert, et qui se montrera accessible à l'admiration du jeune musicien.... et ainsi de suite, de chapitre en chapitre, lesquels ne dissimulent rien d'une vie qui eut ses moments de souffrance et de maladie gravissime. Et pourtant Fred Hersch est là, et bien là, plus vivant que jamais, dans un Art plus encore accompli !

Xavier Prévost

 

Fred Hersch sera en concert, en trio, le 11 novembre à Strasbourg (festival Jazzdor) et les 21-22 novembre à Paris au Sunside

 

Un entretien de Jean-Louis Lemarchand avec Fred Hersch sera publié prochainement dans nos colonnes

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