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6 janvier 2018 6 06 /01 /janvier /2018 18:51

THE WEST LINES « The Eye »

Cédric Piromalli (orgue Hammond B3), Antoine Polin (guitare), Étienne Ziemniak (batterie)

Tours, 2017

Bruit Chic BC 009 / http://www.bruitchic.com/

Dans la profusion automnale de parutions, ce disque était à remarquer, et à plus d'un titre : d'abord parce que ce groupe régulier, peu enclin à multiplier les enregistrements, frappe par la qualité de sa musique, dans le format (abondamment illustré dans les années 50 à 70) du trio orgue-guitare-batterie ; et aussi parce que c'est une nouvelle occasion d'entendre à l'orgue l'un des pianistes les plus originaux des deux décennies écoulées, hélas mal connu et reconnu, en dépit de ses très grandes qualités.

Les compositions sont signées par le guitariste et le pianiste, et c'est ce dernier qui ouvre le CD avec une sorte de choral justement intitulé Vieille Europe, qui respire la nostalgie des marches harmoniques de la musique sacrée des siècles passés telle que la chérissait le Vieux Continent. Après une intro de batterie qui installe le balancement, pour planter le décor, l'orgue pose des accords très ecclésiaux et la guitare, gommant les attaques, surgit comme une pure vocalité. Évidemment cela tourne immédiatement plein jazz, mais avec cette forme de lyrisme élaboré qui échappe aux clichés. Le son de l'orgue ne renie pas la tradition du genre, mais l'entraîne volontiers vers d'autres horizons, comme le fit naguère Larry Young. Pour le thème suivant le guitariste, signataire de la composition, s'offre une intro qui respire le cheminement sinueux des standards, avant un exposé en trio qui explore des intervalles peu convenus, comme aimait à le faire Thelonious Monk : et l'on débouche sur un blues tourmenté qui ne lésine pas sur les altérations. Bref il y a de la (très bonne) musique à écouter, suivre et vivre dans l'intensité de l'instant. Le thème qui lui succède, encore signé par Antoine Polin, résonne comme un clin d'œil dissonant aux Nuages de Django Reinhardt. Et ainsi de suite. Cette musique, pratiquée dans une instrumentation canonique, se garde bien de l'enfermement dans les codes, codes qu'elle traite, à distance, avec la liberté qui sied au geste artistique. Bref, si vous êtes curieux de savoir ce que l'on peut, encore aujourd'hui, extraire de cette formule instrumentale adoubée par l'histoire, tendez l'oreille !

Xavier Prévost 

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