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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 17:56

Bobo Stenson (piano), Anders Jormin (contrebasse), Jon Fält (batterie)

Lugano, mai 2017

ECM 2582 /Universal

 

Une fois encore ECM s'invite dans le magnifique studio de la RSI, la radio suisse de langue italienne, studio à l'acoustique parfaite pour cette instrumentation, et qui de surcroît recèle des pianos exceptionnels. Ces conditions ne sont probablement pas étrangères au climat d'intensité sereine qui va prévaloir au fil des plages. Après une très chantante version d'une chanson cubaine, le CD parcourt les univers de Bartók, Satie et Federico Mompou, dans un itinéraire qui fait aussi la part belle aux compositions du contrebassiste (partenaire du leader depuis plus de 30 ans), et du pianiste bien sûr, avec en prime une composition collective, tout droit sortie semble-t-il, de l'improvisation. Si les musicien(ne)s de jazz se sont souvent penchés sur le répertoire de la musique classique (au sens large, du baroque jusqu'au vingtième siècle), depuis longtemps et peut-être ces dernières années avec une certaine recrudescence, Bobo Stenson semble entreprendre une démarche d'appropriation spécifique, et très féconde. Sur le chant traditionnel slovaque de mariage repris et magnifié par Bartók il développe très librement l'introduction, expose la mélodie dévolue au chœur avec la même liberté, et entraîne l'improvisation du trio vers un ailleurs qui rejoindra le thème, devenu une pièce pour trio de jazz à part entière. Même subtil dévoiement pour l'Élégie de Satie, bien vite entraînée sur le terrain d'un jazz lyrique où c'est le piano qui chante. Même chose pour Mompou dont la Canción y Danza n° VI passe du statut de ballade romantique à celui de standard que l'on métamorphose pas à pas. Les compositions originales sont de cette même veine, un peu mystérieuse, qui donne à l'ensemble du disque le caractère d'une sorte de cérémonie secrète. Et en réécoutant la première plage, signée dans les années 70 par le chanteur-compositeur-poète cubain Silvio Rodriguez, je me dis qu'il existe une parenté, dans la manière de faire chanter le piano, les phrases et l'harmonie, avec Keith Jarrett : ce n'est pas un hasard, si l'on veut bien se souvenir que, voici une quarantaine d'années, on entendait Bobo Stenson dans le groupe de Jan Garbarek, un groupe qui, en changeant de pianiste, devenait le quartette européen de Jarrett. Mais le lyrisme de Bobo Stenson, moins emphatique, me touche souvent davantage.

Xavier Prévost

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