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21 mars 2018 3 21 /03 /mars /2018 12:29
SYLVAIN DANIEL PALIMPSESTE Voyage imaginaire dans les ruines de Détroit

 

SYLVAIN DANIEL PALIMPSESTE

Voyage imaginaire dans les ruines de Détroit

ONJ RECORDS JF006/ L' AUTRE DISTRIBUTION

http://www.onj.org/record-label/sylvain-daniel-palimpseste/

 

 

CONCERT 3 AVRIL FESTIVAL BANLIEUES BLEUES
LA MARBRERIE / MONTREUIL

 

Sans être jamais allé à Détroit, le bassiste actuel de l'ONJ Benoît, Sylvain Daniel (corniste par ailleurs) nous livre ses réflexions musicales sur la ville sinistrée, dans un exaltant voyage imaginaire sur des photos de Romain Meffre et Yves Marchand, tirées du livre Ruins of Detroit.

Si on a regardé des témoignages filmés sur le déclin de la ville, autrefois phare de l'industrie automobile, aujourd'hui cité fantomatique, le contraste est  navrant. La gloire de la capitale du Michigan ne fut pas seulement industrielle, Detroit fut aussi le siège d'une des plus grandes compagnies de disques, le label de la  Motown, (contraction de "motor town", surnom de Detroit), célébrant les musiques noires, la soul triomphante des années soixante. Sylvain Daniel s'attaque à la poésie des ruines, dévoilant  la splendeur architecturale passée, travaille au déchiffrage, à la redécouverte de ces lieux d'où le titre de Palimpseste. Il est donc question de mémoire, de "réminiscence" comme dans l'une des compositions du leader. Dans cette ambiance sinistrée, les artistes résistent encore. Les musiciens actuels n'ont pas quitté la scène pour autant : grâce à eux, la ville continue à être un foyer actif de hip hop, d'électro minimaliste.

Une équipe de choc entoure le bassiste avec le saxophoniste Laurent Bardainne (inoubliable Limousine, mais aussi Poni Hoax ...), le claviériste et pianiste Manuel Peskine et Mathieu Pénot à la batterie. On leur fait confiance pour injecter des sons saturés et nous plonger dans ce chaos minéral. Voilà un jazz mutant qui ne tient plus à affirmer à tout prix son identité, ce qui n'est pas forcément pour déplaire : il condense et retraite la matière musicale, fait une synthèse des plus actuelles, avec une instrumentation tout terrain, sans rejouer les musiques comme si elles venaient d'être créées. Injectant une étrangeté inquiétante dans "Hotel fantastic" et du jazz rock  "historique" dans "Vanity Ballroom", sans rappeler pour autant, les orchestres rétro de la "golden room" de Shining.

S'ensuit une histoire vraie, au sens de vécue, faite de pas mal de bruit et de rage, dès le haletant "Game on", de souvenirs ouatés et de ballades tristes dans "Réminiscence" ou le délicat "Colchiques" : le saxophone délivre sa plainte bleutée jusqu' à une explosion de violence sourde. Extérieur, nuit. C'est qu'il ne s'agit plus, comme en 2006 dans le Limousine, sorti chez Chief Inspector, de rock post-moderne glauque et de blues urbain chic. Times are changin'.... là encore. Une batterie furieuse cogne et martèle en cadence comme le marteau-pilon de forges, aujourd'hui arrêtées, dans une ambiance compulsive et lancinante. Des effets plus trash peut-être, des hurlements surgissent après les cliquetis insistants de "Fisherbody Party". Dans "Jazz investigation", c'est plutôt l'énergie qui l'emporte jusqu'à ce que l'élan de la rythmique se casse dans cet univers de robots désaffectés. La narration continue à dériver avec de douloureuses "Réminiscences" jusqu'au tendre mais lucide "Recueillement final". En tous les cas, le groupe impose une vision cinématographique avec une écriture qui lie l'ensemble en 11 séquences avec travellings oniriques ou assourdissants, plans fixes hypnotiques.

Pour réaliser ce projet plutôt spectaculaire, Sylvain Daniel est épaulé par le dispositif bien nommé de l'ONJ FABRIC, car il s'agit bien de présenter un spectacle pluridisciplinaire, qui brasse d'une belle façon sensations, sentiments, actualité et passé. Il est évident que cette musique résonnera d'autant plus fort dans notre mémoire collective, à la vision du triptyque d'images et de vidéos, accompagnant sur scène, la musique du quartet en concert. Voir le teaser http://www.onj.org/palimpseste/

Plus que jamais la musique est à vivre en live... L'oeil écoute évidemment.

Sophie Chambon

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