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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 11:22
JEAN BAPTISTE BERGER    PERSUASIVE

JEAN BAPTISTE BERGER

PERSUASIVE

Jazz Us / Inouïe Distribution

 

www.jeanbaptisteberger.com

Jamais titre n'a été mieux choisi pour tenter de définir la musique du saxophoniste Jean Baptiste Berger et de son quintet européen, avec des complices belges, luxembourgeois, italien, le leader se partageant aussi entre son Reims originaire et Avignon. Son travail s'est élaboré à partir du désir de travailler avec ces musiciens, frères de musiques et de pratiques, rencontrés lors de concerts ou de festivals, Lorenzo di Maïo (guitare ), Igor Gehenot (piano) qui a remporté les octaves 2018 en Belgique, Tommaso Montagnani (contrebasse) ou encore Jérôme Klein (batterie), complice du précédent CD, Cadillac Palace. Ils ont accroché au projet, compris et entendu sa musique, la faisant sonner de façon inespérée, s'insérant dans une forme où le collectif compte, une oeuvre ouverte à l'autre et à sa perception. L'enregistrement s'est alors fait au centre Césarée de Reims après trois jours de résidence. 

A la première écoute, dès l'ouverture "Black Pattern", la mélodie coule avec une belle fluidité, très accessible. Mais cela mérite d'y revenir, de réécouter pour découvrir que cette étrange familiarité joue un autre jeu, un double jeu. C'est une musique simple en apparence mais sans compromis dont les subtilités (accords, mesures impaires) ne se laissent pas découvrir immédiatement ; elle gagne alors en épaisseur au fur et à mesure des écoutes, traçant de subtiles variations. JB Berger définit sa "grille" au travers de pièces-signatures d'identité et de références/influences, sans se laisser enfermer pour autant par une étiquette précise. 

Il a passé quatre années d'affinage, en somme, à réfléchir pour mettre au point ce qu'il voulait faire entendre : toujours en recherche pour élaborer une musique écrite, construite pour chaque voix du quintet, travaillant sur les tessitures, sans privilégier pour autant les solos.  D'une structure rigoureuse, donnant l'impression d'une création continue, cette architecture de sept pièces, plutôt longues qui prennent le temps de se développer, construit un discours éloquent et cohérent. Un quintet "aux petits oignons" avec un pianiste subtil, au phrasé délié ( "Elbowdy") qui, jamais n'en fait trop, pas du genre effusif avec cascade de notes. Pas de contorsions ni de stridences free non plus du leader au ténor, qui se fond même par moment dans la rythmique, qui danse lentement sur cette "Pavane" évoluant du rêve au dialogue. S'élèvent ainsi des voix harmonisant la lisibilité de l'ensemble, d'où le groove (d'une rythmique essentielle, discrètement efficace) n'est jamais bien loin, comme dans ce "Romy et Lucien" de plus de dix minutes."Jackday" est une chanson pop, mélodie où résonne une guitare lyrique et retenue à la fois. Jamais trop exaltée, elle passe d'une transe rêveuse à de belles envolées sur " Le jardin des esprits" final, un jardin aux sentiers qui bifurquent, où guitare, sax ténor, piano sont d'une nerveuse élégance sans oublier de respirer.

Voilà une authentique déclaration d'amour au jazz à laquelle on ne restera pas insensible. Convaincant, on vous disait!

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

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