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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 18:18
@sylvain Gripoix


Les DNJ : comment te positionnes-tu par rapport à la musique : comme un musicien de jazz (il faudrait déjà définir ce qu’est le jazz pour toi …), comme un musicien tout court ? :

Matthieu Chazarenc : Comme un musicien de jazz je crois..
Pour moi, le jazz et l’improvisation sont deux choses différentes ! Bien sur le jazz appelle à l’improvisation, mais de manière très codée, très structurée, avec une histoire, un langage, une culture extrêmement forte, des bases (le blues, le swing, les standards… ).
On peut en revanche très bien improviser sans faire de jazz !
Une grande partie de ma famille a toujours écouté beaucoup de musique, mon papa était lui même musicien amateur (batteur) et mélomane de la première heure; il y avait à la maison plus de 800 disques (classique, jazz, chanson française …etc).
J’ai baigné là-dedans dès mes 6 ans, les disques du Label Pablo, (Basie, Ella, Flanagan, Peterson, Getz), je suis tombé amoureux de cette musique très rapidement.
La première fois que je suis parti à New York, c’était en 1997 ; Pour une simple raison : je rêvais d’aller dans les clubs et voir les musiciens que j’admirais, au Village Vanguard le lundi soir, pour écouter le Vanguard Orchestra …etc. J’y ai également suivi des Cours à la Drummers Collective, et des cours particuliers avec notamment John Riley.
A mon retour de New York, j’ai finalement intégré le Conservatoire de Région de Toulouse, mes parents insistant pour que je passe des diplômes (fin 97-début 98) ! J’y suis resté deux ans et demi.
Il a fallu que je gagne ma vie, pour payer mes études, j’ai donc joué dans des contextes très différents les uns des autres : Big Bands, orchestres de variété, de bal, marching bands, batucadas ... etc
Avec le recul je crois que tout ceci a finalement été très formateur.

En Septembre 2000 je suis entré au Conservatoire Supérieur de musique de Paris, dans la classe de jazz et musiques improvisées.
Je n’ai jamais quitté Paris depuis.

Les DNJ : j’ai vu que tu avais travaillé avec David Linx ; tu peux nous raconter l’expérience ?

MC : David fait partie des gens avec qui j’ai travaillé assez rapidement en arrivant à Paris.
J’ai commencé à travailler avec lui sur le projet Heart Land, avec entre autres,  Paolo Fresu, Christophe Wallemme qui joue dans mon projet aujourd’hui, et puis j’ai remplacé quelques fois Stéphane Huchard sur des concerts ici et là.
Sais-tu qu’à l’origine, en Belgique, David était batteur ! Il a une personnalité incroyable, j’ai beaucoup de respect pour ce qu’il fait.

Les DNJ  : Jusqu’à récemment il n’était pas très habituel de voir des batteurs ou des bassistes enregistrer en leader. Tu as une explication à cela ?

MC : Il est vrai que nous sommes essentiellement des instrumentistes accompagnateurs qui assurons la rythmique des groupes. Il est surement plus difficile aussi de faire des concerts solo à la batterie ou à la basse que des concerts solo au piano ! Mais il y a de plus en plus de batteurs et de bassistes qui composent, arrangent et enregistrent en leader.
Pour ma part, j’ai eu quarante ans l’année dernière, et depuis longtemps, j’écrivais des petits bouts de mélodie, par-ci, par-là, que je jouais et même enregistrais parfois avec des groupes.
On m’a beaucoup encouragé à aller plus loin. J’ai donc décidé de me lancer de nouveaux défis et de voir ce que ça pouvait donner sur un disque.
Ça a pris beaucoup de temps, j’ai joué avec des musiciens très différents depuis de nombreuses années, et petit à petit, çà a muri.
En 2017, je me suis lancé et suis entré en studio en Septembre, avec une formule privilégiant l’acoustique et un rapport je crois très proche avec la chanson.
Cet album que j’ai décidé d’appeler CANTO en référence à la fois à mes racines gasconnes mais aussi à mon gout pour les mélodies, la chanson, est sorti en Février 2018.
Le choix de l’accordéon est venu assez naturellement. J’avais aussi très envie de la douceur, de la couleur du bugle, qu’on peut rencontrer chez des musiciens comme Paolo Fresu ou Stéphane Belmondo pour interpréter les thèmes.
J’ai pensé à Sylvain Gontard (bugle) de façon assez naturelle, pour son rapport au son,  son bagage classique, son gout pour les mélodies fortes, parce qu’on avait travaillé ensemble aussi dans l’orchestre d’Ivan Jullien et d’autres projets.
Idem pour Christophe Wallemme, contrebassiste, très solide, complet, à la fois rythmicien, mélodiste, magnifique soliste et compositeur avec qui j’avais déjà travaillé aux cotés d’Eric Séva, David Linx entres autres..
À l’accordéon, Laurent Derache (30 ans) est une sorte de révélation, même s’il est dans le circuit depuis longtemps. Nous nous étions rencontrés au CMDL (Centre des Musiques Didier Lockwood) sans jamais vraiment collaborer.
Il m’a fait découvrir l’univers de l’accordéon, ses compositeurs, son histoire.
C’est une très belle rencontre musicale et humaine.

Je travaille et ai beaucoup joué à l’étranger, en TRIO avec le pianiste américain Benny Lackner (presque 10 ans) au Brésil, en Asie, en Australie, en Nouvelle Zélande, dans tous les pays d’Europe.
A mon arrivée à Paris en 2000, j’ai participé à de nombreuses tournées en Hollande et en Belgique avec notamment, le contrebassiste Hein Van De Geyn qui occupe une place déterminante dans mon parcours.
Grâce à ma rencontre et des années de collaboration avec l’harmoniciste Olivier Ker Ourio, j’ai découverts les musiques et les voyages dans les iles de l’Océan Indien (Réunion, Maurice, Madagascar).
Plus récemment des concerts en TRIO avec le pianiste Manuel Rocheman, m’ont emmené jouer dans les centres culturels français (Jordanie, Liban, Bahreïn, Dubaï  …etc)
Depuis Décembre 2017, après un premier concert à Bercy, j’accompagnais Mr Charles Aznavour.
Une expérience unique qui restera gravée dans ma mémoire pour toujours.

 

@ Sylvain Gripoix

Les DNJ  : que penses-tu de l’évolution actuelle du marché du jazz :

MC : Je suis assez optimiste ! i.e. je pense qu’il faut vivre avec le présent, penser loin devant et ne jamais trop regretter le passé.
Ce que je trouve extraordinaire, c’est qu’en me levant le matin, si je vais sur FaceBook ou sur Youtube, je peux passer 1/2h à regarder des vidéos du monde entier.
Ça fait exploser des talents, connaitre des musiciens très jeunes, de plus en plus doués un peu partout.
 Le point négatif, pour moi, dans tout ça, c’est que l’on vit de plus en plus dans une société du « Zapping »…
Quand j’ai commencé à ressentir le besoin de faire de la batterie, gamin, mon père avait des vinyls, et je jouais dessus.
Je pouvais les passer 5,10 fois jusqu’à comprendre par exemple comment Lolo Bellonzi arrivait à faire un truc derrière Claude Nougaro !
Aujourd’hui, (et moi le premier), on choisit un ou deux morceaux sur un album et les ajoute à une playlist.
C’est différent !

Pour nous musiciens, le concept d’album est primordial.
Il me semble inconcevable de le faire disparaître.
J’ai envie de croire que le disque reste un objet physique, un outil promotionnel, ...un bel objet aussi.

Les DNJ : Par contre, ce qui évolue c’est l’environnement du disque; On ne signe pratiquement plus  d’artistes sur des programmes de plusieurs albums à produire dans un laps de temps défini et le concept de label se dissout petit à petit pour laisser place à l’autoproduction, dont la promotion est plus ou moins assurée par des attaché(e)s de presse : Qu’en penses-tu ?

MC : C’est vrai, Tu as raison. Les temps ont changé.
J’ai la chance d’avoir près de moi une agent formidable (Pierrette Devineau CCProduction) qui a cru en moi dès le départ et a considérablement contribué à l’élaboration de ce premier projet CANTO.
De la même façon, Camille Dal’Zovo, mon attachée de presse et directrice de la maison de disque Jazz Family a su me donner ma chance tout de suite.
J’ai également été aidé par des organismes importants tels que la SPEDIDAM.
Si je m’occupe régulièrement de trouver des concerts pour faire avancer ce projet, je dois dire que je suis très bien entouré.

Les DNJ  : Quelles ont été tes influences, tes modèles, en temps que batteur ?
 

MC : Sur une ile déserte, s’il n’y en avait qu’un à emmener : Elvin Jones !
J’ai eu la chance de le voir sur scène, de le rencontrer à Marciac.
Surement une des plus grandes révélations à ce jour.
Les batteurs qui ont fait l’histoire de cet instrument comme Jo Jones, Roy Haynes, Philly Joe Jones, Art Blakey ou encore Steve Gadd, Jeff Porcaro et beaucoup d’autres m’ont bien sur beaucoup inspiré, mais j’ai aussi beaucoup écouté et continue d’écouter les batteurs français André Ceccarelli, Daniel Humair, Manu Katché, Simon Goubert..
L’importance colossale, la remise en question que çà occasionne aussi, d’avoir été aux cotés des copains durant mes études au Conservatoire de Paris et tous les jeunes musiciens que je croise régulièrement aujourd’hui en master classe ou lors d’interventions au Centre des Musiques Didier Lockwood.

Les DNJ : Avec quels musiciens, quels saxophonistes aimes-tu ou aimerais-tu bien jouer ?
 

MC : A chaque période et chaque rencontre de nouvelles choses se créent.
Je travaille depuis de nombreuses années avec le saxophoniste Eric Seva qui propose, dans son quartet « Nomade Sonore » une musique très originale, particulièrement riche rythmiquement, aux influences très variées, dans laquelle je me retrouve complètement.
C’est un projet qui me tient très à cœur.
J’ai revu Baptiste Herbin il y a peu de temps, que je trouve très très talentueux.
J’ai collaboré deux ou trois fois avec Stéphane Guillaume pour qui j’ai aussi un immense respect.
L’an passé j’étais invité lors d’un jury à l’Ile de La Réunion et me suis retrouvé à échanger avec Jean Charles Richard présent lui aussi. C’est un saxophoniste que j’apprécie énormément aussi.
Dans le passé j’ai eu la chance de collaborer avec Mark Turner sur deux tournées.
J’aimerais vraiment refaire des choses avec lui..

 

Propos recueillis par Françis CAPEAU

Repères discographiques :

2003 : Harmen Fraanje Quartet Featuring Nelson Veras – Sonatala. ‎  Challenge Jazz  SACHR 70116

2005 : Frank Woeste Trio - Mind At Play. ‎   Challenge Jazz  CHR 70124

2006 : Harmen Fraanje Quintet – Ronja. ‎   Challenge Jazz  CHR70129

2007 :  Frank Woeste Trio - Untold Stories. ‎  Challenge Jazz  CHR70139

2008 : Denis Guivarc'h 4et – Exit. ‎   Cristal Records  CRCD 0812

2009 : Mélanie Dahan - La Princesse Et Les Croque-Notes.    Sunnyside  SSC 1224

2010 : Manuel Rocheman - The Touch Of Your Lips - Tribute To Bill Evans.    Naïve NJ 620911

2010 : Sylvain Del Campo - Isotrope ‎- Aphrodite Recordings  APH106022         
2011 : Frank Woeste - Double You. ‎   World Village  WVF479060

2014 : Olivier Ker Ourio - Perfect Match. ‎ Bonsaï Music BON140301

2015 : Benny Lackner Trio – Siskiyou.  Unit Records (2)

2015 : Nomades Sonores Quartet - Eric Séva - Gaya Music

2016 : Manuel Rocheman – misTeRIO. ‎  Bonsaï Music  BON160401

2018 : Matthieu Chazarenc - CANTO. Sorti le 16 février 2018. Jazz Family.

 

Quelques repères biographiques  :

1977 : Naissance à Agen, dans le Sud-Ouest.

1983 : Premiers cours particulier de batterie à l'âge de 6 ans avec son père, batteur amateur.

1990 - 1995 : Etudie les percussions classiques au Conservatoire de Pau.

1996 : étudier au CMCN (Centre Musical et Créatif de Nancy) pendant presque un an aux cotés entres autres de Richard Paul Morellini, Frank Agulhon et Andrés Charlier. Il obtient le diplôme, Major de sa Promotion.

1997 : Séjour de quelques mois à New York (cours à la Drummers Collective, cours privés avec  John Riley).

1997-2000 : Conservatoire National de Région de Toulouse, dont il sort avec un Premier Prix de batterie et le Diplôme d'Etat de Jazz.

Septembre 2000 : Entrée dans la classe de jazz du Conservatoire National
Supérieur de Musique et de Danse de Paris.
Etudie la batterie aux côtés de Daniel Humair.
En juin 2003, il obtient le Premier Prix (avec félicitations).

En 2005, retour à New York (cours privés avec Jeff Ballard, Ari Hoenig).

Réside actuellement à Paris, se produit régulièrement en France et à L’étranger, dans les clubs, les festivals et les tournées.


Collaborations régulières :  avec Olivier Ker Ourio/Emmanuel Bex, Manuel Rocheman TRIO, le Quartet "Nomade Sonore" d’Eric Séva, Benny Lackner TRIO, le groupe de la chanteuse Olivia Ruiz en 2013 et 2014, les tournées de Charles Aznavour, après décembre 2017 …..

 

Collaborations passées :

David Linx, Laika Fatien, Youn Sun Nah, Sarah Lazarus, Stephy Haik, Mélanie Dahan, Marcia Maria, Sheila Jordan, Paolo Fresu, Mederic Collignon, Flavio Boltro, Dave Douglas, Stéphane Belmondo, Nicolas Folmer, Eric Lelann, Ivan Julien, Ibrahim Malouf, Bert Joris, Manuel Rocheman, Franck Amsallem, Giovanni Mirabassi, Tigran Hamasyan, Bernard Maury, Dominique Fillon, Georges Arvanitas, Antonio Farao, Alfio Origlio, Kris Goessens, Pierre De Bethman, Robert Glasper, Harmen Fraanje, Guillaume De Chassy, Frank Woeste, Tom McClung, Emmanuel Bex, Jeff Gardner, Thomas Enhco, Alain Jean Marie, Olivier Hutman, Pierre Alain Goualch, Mark Turner, Rosario Giuliani, Pierrick Pedron, Olivier Témime, Stéphane Guillaume, David El Malek, Riccardo Del Fra, Dominique Di Piazza, Darryl Hall, Laurent Vernerey, Hein Van De Geyn, Michel Bénita, Daniel Yvinec, Rémi Vignolo, Jean Marc Jaffet, Frédéric Monino, Sylvin Marc, Christophe Walemme, Frédéric Favarel, Louis Winsberg, Sylvain Luc, Kazumi Watanabe, Jean Marie Ecay, Jérome Barde, Misha Fitzgerald, Michael Felberbaum, Marc Berthoumieux, Glenn Ferris, Denis Leloup,, Frank Tortilier, Magic Malik …

 

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