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12 février 2019 2 12 /02 /février /2019 15:31

Défricheur et vulgarisateur, André Francis, qui vient de disparaître le 12 février à Paris dans sa 94ème année, aura «soufflé dans les trompettes de la renommée pour faire connaître le jazz en France»  (Le Dictionnaire du Jazz , Ed. Robert Laffont) pendant plus de sept décennies. «Je suis au service du jazz ou plutôt des jazz, tellement ces musiques sont diverses», nous confiait-il en 1996, peu avant de quitter Radio France après un demi-siècle d’activités trépidantes de producteur pour la radio publique.

 

Loin de partir pêcher à la ligne, ou de se consacrer à son autre passion, la peinture (il exposait depuis 1954), le Mr Jazz de Radio France (et de son ancêtre l’ORTF) et de ses 7000 concerts avait d’ailleurs témoigné de sa passion œcuménique dans une œuvre encyclopédique, réalisée avec l’acousticien Jean Schwarz, les Trésors du Jazz (dix cd de 1898 à 1951) sortis en 2002 et enrichis en 2010 par la période 1951-59, ensemble monumental (1677 titres) intitulé «La Grande histoire du jazz» (Le chant du Monde/Harmonia Mundi). «Je voulais mettre en évidence la progression de cette vague musicale qui a bouleversé nos conceptions musicales au XXème siècle» (in Jazz Magazine).

 

Dans ses choix artistiques-les émissions sur les ondes de l’ORTF dès 1947 ( à 22 ans), les concerts programmés à la Maison de la Radio et ceux retransmis des festivals- André Francis aura joué la carte de la diversité du jazz, des formations traditionnelles aux groupes libertaires du free. Avocat fougueux du jazz, «musique bâtarde, le plus vivant des arts sonores», l’ancien élève de l’Ecole des arts du spectacle de la Rue Blanche aimait les musiciens qui ont choisi «un langage de vérité». Lui-même ne mâchait pas ses mots pour dénoncer la world music («la plupart du temps, une nouvelle cuisine sonore sans chef») ou la tendance à l’intellectualisation menant à un jazz «intellichiant» (sic). N’allez pas pour autant en déduire que celui qui fut emballé par Dizzy Gillespie à Pleyel en 1948 se montrait réfractaire au changement et à la mondialisation de cette musique «bâtarde qui ne s’est jamais coupée de ses racines populaires».

 

Héraut de tous les jazz, André Francis fut un auteur multimédia avant l’heure. S’il répugnait à l’usage des nouvelles technologies (portable et ordinateur), il a défendu le jazz sur tous les supports : la radio en tout premier lieu dès 1947 mais aussi la télévision avec des concerts devenus mythiques (John Coltrane à Antibes en juillet 1965 pour 50 minutes de Love Supreme), le disque (1ère intervention avec l’enregistrement d’un album en solo de Thelonious Monk à Paris en 1954) et enfin l’édition avec un ouvrage Jazz (290 pages) publié en 1958 (Ed Le Seuil) et traduit en une dizaine de langues.

 

Premier président de l’Orchestre National de Jazz, sa passion musicale se concrétisa également par son implication jusqu’à ces dernières semaines, dans la vie de l’Académie du Jazz. Avec André Hodeir, Boris Vian, André Clergeat, Frank Ténot, entre autres, André Francis œuvra à la création en 1954 de cette association qui en toute indépendance récompense chaque année, aimait-il à souligner, «les porte-parole de la musique qui respecte au mieux la liberté créative et l'expression directe». Esprit libre, se tenant au courant des dernières nouveautés, il ne manquait pas l’occasion de donner son avis, toujours vert, parfois vif, lors de nos réunions de bureau. Ses appréciations très personnelles figurent aussi dans ces dizaines et dizaines de carnets et cahiers où le producteur commentait minutieusement les milliers de concerts qu’il avait programmés et présentés de cette voix si facilement reconnaissable avec un drôle d’accent anglais. Un trésor sonore qui témoigne de l’engagement d’André Francis pour «la plus populaire des musiques savantes».

Jean-Louis Lemarchand, membre du bureau de l’Académie du Jazz

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André Francis-Bio express-

1925 (16 juin) : naissance à Paris XIVème

1947 : première émission de radio à la Radiodiffusion française (ancêtre de la RTF, puis de l'ORTF, puis de Radio France), au Club d'Essai. Premier concert de jazz organisé à Paris.

1954 : membre fondateur de l’Académie du Jazz dont il était toujours membre du bureau.

1958 : Jazz, publié aux Editions du Seuil.

1975-1997 : responsable du Bureau du Jazz à Radio France (bureau dont il était la puissante agissante depuis les années 60), 7000 concerts programmés.

1970-1979 : directeur artistique du festival de Chateauvallon (Var)

1980-1993 : directeur artistique du Festival de Jazz de Paris

1986 : premier président de l’Orchestre National de Jazz

Années 2000: directeur artistique du festival Orléans Jazz

2010 : La grande histoire du jazz, avec Jean Schwarz : quatre coffrets de 10 cd portant sur la période 1898 à 1959. Le Chant du Monde/Harmonia Mundi.

2019 : 12 février, décès à Paris XVème.

 

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