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29 novembre 2019 5 29 /11 /novembre /2019 00:37

Passé maître dans l’art de « déconstruire » les œuvres des autres dans tous les registres (jazz, pop, chansons françaises, musique classique), Jacky Terrasson choisit dans son dernier album « 53 »* (Blue Note) de s’exprimer sur ses propres compositions. Le pianiste assume totalement cette « prise de risque » qui permet de découvrir une autre facette d’un artiste épanoui de 53 ans (depuis le 27 novembre). A la veille d’un concert au New Morning, un de ses lieux parisiens préférés (il y jouait pour les 15 ans du club en 1996 avec Ray Brown, Roy Hargrove et Alvin Queen), et à quelques semaines de ses débuts au cinéma (acteur et compositeur de la bo de La Sincérité**), Jacky Terrasson s’est confié aux Dernières Nouvelles du Jazz.


Les DNJ : Vous mettez un malin plaisir à malaxer les morceaux du répertoire y compris la Marseillaise. Est-ce un traitement abandonné maintenant avec cet album de compositions personnelles ?
Jacky Terrasson : Je prends, c’est vrai, plaisir à déconstruire, transformer les standards, les chansons populaires, la musique classique, jouer une ballade en morceau rapide et vice-versa. J’adore cela. Mais pour cet album-là, je n’ai voulu présenter que des compositions personnelles, sauf le Lacrimosa du Requiem de Mozart, un morceau que je suggère seulement en 84 secondes.

 

DNJ : Est-ce un défi personnel ?
JT : Je pensais à ce disque depuis des années. C’est un peu risqué car on m’aime pour mes reprises. Avec « 53 » c’est un défi, une remise en question, que de jouer un répertoire fraîchement écrit, C’est un disque très personnel où je me raconte, notamment avec cet hommage à ma mère récemment décédée dans Résilience. J’assume mes 53 ans.

 

DNJ : Est-ce plus difficile de jouer ses propres compositions que des thèmes connus des autres ?
JT : Oui, parce qu’il faut vraiment trouver sa propre éloquence. Il faut que cela reste assez simple, que cela raconte une histoire, avec de belles mélodies. Il y a trois ou quatre compositions que j’ai écartées pour cet album, car elles étaient trop compliquées.

 

DNJ : Vous avez déclaré que le trio est la formule idéale où vous vous sentez le plus libre. Ce n’est donc pas le solo ?
JT : En trio, il y a plein de choses à raconter. Ce n’est pas une forme figée, c’est un format où il y a encore beaucoup de choses à découvrir, à explorer. Cela reste un ménage à trois (rires). J’aime cette conversation, cette fusion entre nous trois.

 

DNJ : Dans « 53 » vous rendez hommage à quelques pianistes …
JT : A commencer par Ahmad Jamal auquel je voue une profonde admiration et je ne m’en cache pas dans The Call, avec quelques gimmicks à la clé, mais aussi Keith Jarrett avec Kiss Jannett For Me. Mais d’autres pianistes m’ont inspiré, Bud Powell, Herbie Hancock, McCoy Tyner…

 

DNJ : Y-a-t-il des moments où un artiste peut avoir envie de faire une pause et de se retirer sur une île déserte ?
JT : On y pense mais on ne le fait pas (rires). Si je gagne au loto, je prendrais quelques années sabbatiques, pour voyager véritablement pour le plaisir.

 

DNJ : C’est la vie d’artiste, être sur la route en permanence ? (ndlr : Jacky Terrasson était lors de l’interview sur le point de faire un aller-retour Paris-Vladivostok pour un seul concert).
JT : Je dis toujours que je suis payé pour voyager. Il peut y avoir des voyages très longs, mais même après dix heures de trajet, dès que vous êtes sur scène, vous oubliez le stress, la fatigue.  Jouer du piano, c’était la seule chose que je voulais faire dans ma vie.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

*Jacky Terrasson ‘53’. 2019. Blue Note – 080819 6 / Universal, enregistré au Recall Studio, à Pompignan, du 12 au 19 juin 2019, avec Jacky Terrasson (piano, clavier, chant) et trois rythmiques différentes selon les titres, Thomas Bramerie, Géraud Portal ou Sylvain Romano (basse), Ali Jackson, Gregory Hutchinson ou Lukmil Perez (batterie), précédemment chroniqué sur les DNJ le 30 septembre 2019.


**La Sincérité, film de Charles Guérin Surville avec Jeanne Damas, Charles Pepin, Marion Palmer, Charleyne Biondi et Annika Stenvall sortira en salle le 8 janvier 2020.


Jacky Terrasson sera en concert le 30 novembre à Ermont (Val d’Oise) au festival Jazz au fil de l’Oise, le 7 décembre à Bordeaux et le 12 décembre au New Morning (Paris).

 

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