Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 08:01
André JAUME Retour aux sources

ANDRE JAUME

Retour aux sources

Absilone/Socadisc

 

http://label-durance.com/cd-retour-aux-sources-andre-jaume.html

 

Si le jazz conserve sa pertinence en ces temps de “distractions musicales”, c’est grâce à des gens comme André JAUME qui s’y ressourcent continuellement. Le peintre, crtique et historien d'art Jean Buzelin a presque tout dit avec cette phrase qui résume  le parcours rigoureusement intègre, sans renonciation aucune, d’un musicien poly-instrumentiste (clarinette, flûte, saxophone ténor), créateur et enseignant d’une des premières classes de jazz du conservatoire d’Avignon. Il s'est consacré à une musique, le free qu’il a traversé dans son évolution et qui lui a conféré liberté, sens de l’engagement sans renier clarté de l’articulation et du phrasé.

André Jaume a pu être considéré jadis comme un musicien voyageur-les titres de beaucoup de ses compositions ("Borobodur", "Marratxi", "Casamance") marquent une géographie humaine, une errance musicale qui n’a rien de touristique. Depuis qu’il s’est fixé en Corse, André Jaume n’en finit pas de reprendre son périple, à présent imaginaire avec ses instruments. Lui qui a toujours privilégié l’échange dans toutes les combinaisons possibles et le dialogue complice (Raymond Boni, Steve Lacy et surtout son cher Jimmy Giuffre), sort sur le label sudiste ami, Durance, installé dans les Alpes de Haute Provence, un (deuxième) solo intitulé pertinemment Retour aux sources, dédié à son ami, autre soufflant Joe Mc Phee, frère d’armes et de son, défini par l’ampleur de la voix, la fascination du chant, l’expression libre à laquelle il se réfère depuis Nation Time, un de ses premiers albums paru en 1970.

C’est encore à Jean Buzelin que l’on doit, dans ses notes de pochette, une explication circonstanciée sur la conception de ce solo, le deuxième après le fondateur Le Collier de la Colombe, sorti en juin 1971, sur le label PALM de JEF GILSON . Une première alors pour un saxophoniste français qui fut un pionnier dans le développement de cette musique de jazz. Et il serait bon que l’on en garde aujourd'hui une mémoire un peu plus vive.

Voilà un exercice de style au ténor, variant les nuances et atmosphères de son instrument, que ces douze petites pièces de sa composition et un arrangement sur un thème du grand William Breuker, pas vraiment faciles, qui engagent avec nous un dialogue fécond. La position de l’instrumentiste peut s’avérer délicate à garder de façon satisfaisante, avec cette dimension narrative appuyée et aussi émotionnelle. Un récital sans esbroufe, tout un art de compositions vives, libres, subtiles, servant de base à des improvisations souvent fougueuses, colorées, qui nous réconcilie, si besoin était, avec la complexité des sons et rythmes libres. On se laisse bien volontiers entraîner par cette déferlante avec ce “Dinky Toy” qui évoque plus un oiseau (per)siffleur que l’on tenterait vainement de suivre sur les cimes de son chant; alors que la douceur de “Song for Estelle” conduit à une rêverie, tout autre.

Le saxophoniste a saisi la chance de se portraiturer une fois encore, dans une nouvelle aventure musicale et humaine. Qu’il est bon de s’abreuver à cette source fraîche du jazz, éternellement désirante…car ce n’est pas seulement un écho nostalgique à quelque chose qui nous fascina jadis, mais un travail patient de transmission qui prend tout son sens aujourd’hui. Une sorte de discours sur la lisibilité du temps.

 

Sophie Chambon

 

Partager cet article

Repost0

commentaires