Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
1 juin 2020 1 01 /06 /juin /2020 21:39

BENJAMIN MOUSSAY : «  Promotoire »
ECM 2020
Benjamin Moussay (p. solo)

C’est pour le jeune prodige, jadis repéré par le Maître Martial Solal, une sorte de consécration puisqu’il s’agit de son tout premier album pour le label prestigieux de Manfreid Eicher, ECM. Ce qui signifie, il faut bien le dire, une sorte de consécration lorsque l’on est pianiste et que s’offre à vous la voie de l’exercice en solo, voie consacrée par d’autres géants du piano et dont le nom va côtoyer dans le catalogue du label Helvétique celui de Keith Jarrett, Nick Bärtsch, François Couturier, Sylvie Courvoisier, Marilyn Crispell, Andrew Cyrille, Tord Gustavsen, Vijay Iyer, etc…)
On imagine la pression qui a dû peser sur les épaules du pianiste français pour cet enregistrement pour lequel il lui a fallu apporter ses propres compositions dans le studio de La Buissone et s’installer devant les touches noires et blanches pour une prestation qui est certainement la plus intime, celle où il est question, seul face à son instrument, de se raconter soi-même. De livrer un part de soi-même.
Celui que d’aucuns nomment «  le sorcier des claviers » se retrouve à se fondre dans l’esthétique ECM, au piano acoustique. Esthétique dans laquelle il faut entrer. Et ce n’était pas le propos de se laisser aller ici à des géniales digressions atonales auxquelles le pianiste nous a habitué. Il faut entrer dans le cadre. Dans la charte.

Il ne faut pas le prendre comme un renoncement de Benjamin Moussay à une part de lui-même, comme un assagissement de sa géniale folie mais au contraire comme l’opportunité de sortir du cadre dans lequel il aurait pu se trouver enfermé. Et c’est au contraire une grande liberté que de pouvoir montrer ainsi de lui, un tout nouveau visage.
Ce visage est bien sûr un peu introspectif.  L’exercice l’oblige. Où l’on  découvre un Benjamin Moussay sombre, noir presque. Où chacune de ses phrases est emplie d’une forme de profondeur qu’il va chercher souvent dans les basses de son piano. Il y a bien sûr chez le pianiste cette part de romantisme et cet héritage qui lui vient de Debussy et de Ravel sans lequel bon nombre de pianistes de jazz ne seraient pas ce qu’ils sont ou ont été. Parfois fantaisie, souvent sombre, la musique de Benjamin Moussay digresse. Emporte dans le flot des idées qui s'écoulent sous ses doigts entre écriture et improvisation. Parfois aussi romantique et mélancolique (Promontoire ou Horses). Martial Solal dit de lui qu’il joue juste, ni trop ni trop peu. Et c’est ainsi qu’il faut entendre cette forme de minimalisme sur Villefranque ou sur Sotto Voce où Benjamin Moussay laisse à la musique le temps de la respiration lente.

Oui, Benjamin Moussay joue une musique de l’imaginaire où les flottements harmoniques ont cette force onirique qui enveloppe. Une musique presque ectoplasmique et volante. Envoûtante.
Jean-Marc Gelin

Partager cet article
Repost0

commentaires