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5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 18:57
EMMA          PAUL JARRET QUARTET

EMMA  Paul JARRET Quartet

NEUKLANG

 

Paul JARRET (g), Eleonore BILLY (Nickelharpa),  Etienne RENARD (cb), Hannah TOLF (voix et percussions)

www.neuklangrecords.de

www.bauerstudios.de

 

Voilà un album pour le moins singulier dans le paysage du jazz hexagonal, encore qu’européen serait plus exact, puisque le projet du guitariste franco-suédois Paul JARRET est sorti, le 19 juin dernier, sur le label allemand NEUKLANG.

C’est un voyage qui part de Suède, le pays de Pelle le Conquérant (film de Bille August palmé à Cannes en 1987), où un père et son fils, poussés par la faim et le chômage débarquaient au Danemark.

Sauf que cette fois, les migrants dont l’arrière grand-mère du guitariste, Emma Jonasson, allaient bien plus loin, traversant l’océan jusqu’en Amérique.

Si on sait que l’Amérique fut peuplée de vagues de diverses nationalités tout au long du XIXème siècle, on ignore en général l’importance de l’immigration suédoise dans le Midwest, correspondant à un cinquième de la population, soit 1,3 million de personnes. C’est un hommage sincère à tous ces immigrants courageux qui risquèrent leur vie, ne sachant rien de la terrible épreuve qui les attendait : ces paysans qui n’avaient jamais vu la mer, partaient, des images de la terre promise en tête, prêts à tout pour fuir la misère! 

Le guitariste a réuni autour de lui des musiciens experts à rendre l’intensité de cette musique qui s’apparente à un collectage musical de chansons “trad”, de complaintes folk, avec une tendance marquée pour une musique répétitive (“The Crossing”) voire minimaliste. C’est que Paul Jarret a écrit lui même les six compositions, amplement développées qui forment un ensemble d’une continuité conceptuelle intéressante, depuis le lancinant prélude “Sjutton Är” avec de belles variations d’intensité,  et le chant qui s’achève en gouttes qui drippent, la traversée, l’arrivée sur le nouveau continent, les espoirs d’une vie facile (“Kanon”) vite détrompés, de terribles désillusions, l'envers du “rêve américain”. Au point qu’Emma réussira à repartir en Suède, en 1910, où elle fondera une famille.

La révélation de cet album est la chanteuse-compositrice Hannah Tolf, basée à Göteborg, une performeuse qui stratosphérise, joue fort habilement des percussions pour s’accompagner. Dans sa voix de sirène, Hannah Tolf a des accents plus proches de l’Islandaise Björk que de la toujours très aimée Monika Zetterlund (avec Bill Evans, dans Waltz for Debby)Sur “Amerikavisan”, au mitan de l’album, sa voix résonne avec une belle fraîcheur pour conter le chant des émigrants.

L’autre singularité de la musique de Paul Jarret est la constitution d’un quartet de chambre  insolite où se fondent magnifiquement les timbres des divers instruments dont un très original, traditionnel suédois, à cordes frottées de la région d’Uppland, la Nyckelharpa, un hybride de clavier et de violon à quatre cordes. Le son que l’on entend fait penser à celui d’une vièle à roue. Fort de ce sentiment de grande authenticité d’une musique populaire, on saisit parfaitement l’intérêt de cette recherche musicologique pour  des chants s’inspirant de récits comme La Saga des Emigrants de Vilhelm Moberg, décrivant l’état physique et psychologique après trois mois d’une traversée épouvantable. Ou encore la chanson sur ce pain de seigle, noir, dur à la dent, le dernier pain cuit dans un four du pays natal ( “Svart Bröd”).

Ce projet décidément incomparable est un chant d’amour du guitariste à ses ascendants courageux et à leur périple fou. La musique suit leurs sentiments, leurs émotions : parfois âpre, avec des motifs répétitifs (un bourdon jouant son rôle de note continue), des accents qui vrillent le coeur, entrecoupés de silences qui ont toute leur place. Une sacrée découverte!

 

Sophie Chambon

 

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