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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 09:00
Raphaël PANNIER quartet FAUNE

RAPHAËL PANNIER QUARTET   FAUNE

https://www.raphaelpannier.com/

 

Produit par French Paradox, Faune est le premier album d’un jeune et brillant batteur à la double culture, qui combine rigueur classique et spontanéité jazz et qui a vécu des deux côtés de l’Atlantique. Le titre de l’album FAUNE fait d’ailleurs référence à Mallarmé et Debussy.

Raphaël Pannier a réuni un quartet de rêve, une “dream team” composée de deux Français dont le contrebassiste François Moutin  et de deux Américains, le pianiste Aaron Goldberg et le saxophoniste alto Miguel Zenon. Le quartet interprète ses compositions et ses arrangements de Ravel (la “Forlane” du Tombeau de Couperin), de Messiaen (“Le baiser de l’enfant Jésus”) et aussi un classique de Wayne Shorter avec Miles Davis, “ESP” de 1965.

L’album commence avec un thème connu, celui d’Ornette Coleman, “Lonely Woman”, exposé finement par le saxophoniste, également directeur musical. Puis les énergies libérées se déploient dans toutes les directions, chacun laisse son empreinte, le contrebassiste s’emballe en un solo des plus chantants, suivant le déluge sonore du batteur. Cavalcade effrénée, liberté d’expression que l’on retrouve dans les deux toutes petites pièces en crescendo “Intro et “Outro” ESP, précédant cette composition captivante où Zenon fait merveille. 

Le groupe se scinde parfois en sous-éléments, en un trio à l’assise solide avec un piano fluide, très rythmique, la paire contrebasse/batterie toujours très active, voire survitaminée (“Midtown blues”). Même leur “Lullaby” n’a rien d’une berceuse, sombre plus que mélancolique ou apaisant, sacrément inquiétant même tant le chant est lancinant, dominé par la force hypnotique du sax alto.

Pour les arrangements classiques, Raphaël Pannier fait appel à un pianiste classique, Giorgi Mikadze. Ce qui peut surprendre a priori, mais l’alchimie est réelle, avec l’aide de ce formidable “liant”, le travail chambriste de Miguel Zenon dans la pièce de Messiaen, une ballade délicate et poétique où il font preuve de sensibilité et d’élégance  dans un ensemble hors du temps! Un peu moins convaincante est la révision de la “Forlane” de Ravel qui fait entendre un contrepoint (contrebasse/batterie) à la partie de piano, si claire et immédiate dans l’émotion.

On retiendra ce précipité de sons, de rythmes enlevés, cette “manière” virtuose, d’une énergie réjouissante qu’équilibre le rendu plus subtil des pièces classiques. On aime la complicité de ce groupe aventureux qui emprunte un chemin musical peu balisé par le choix des thèmes, leur aptitude à varier les climats dans le montage des titres, un “Caprice” originellement pour Bandolim de Hamilton de Holanda. chaloupé et festif, précédant la “Forlane” plutôt mélancolique.

Ces “performances” saisies à vif sur l’album, méritent d’être suivies en live. Une prescription vivement recommandée en ces temps incertains…

 

Sophie Chambon

 

 

 

 

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