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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 22:17

Mélissa Acchiardi (vibraphone), Christophe Gauvert (contrebasse), Clément Gibert (clarinette, clarinette basse, saxophone alto), Guillaume Grenard (trompette, bugle, flûte), Christian Rollet (batterie)

Label ARFI AM 069 / l'autre distribution & www.lesallumesdujazz.com/

 

Autour de Christian Rollet, membre de l'ARFI 'canal historique', une nouvelle génération rassemblée par le saxophoniste-clarinettiste Clément Gibert (fils d'un autre membre historique, aujourd'hui disparu, Alain Gibert). Tous ensemble pour revisiter, à leur façon, ce monument que fut, et demeure, «Out to Lunch !», célébrissime album d'Eric Dolphy, et l'ultime si l'on s'en tient aux publications anthumes (enfin pas vraiment, car Dolphy est mort à Berlin en juin 1964, et le disque a paru sous étiquette Blue Note deux mois plus tard. Mais cela le distingue des toutes les bandes qui ont été exhumées ensuite).

 Mélissa Acchiardi ©Philippe Malet

Comme le disque inspirateur, celui-ci commence par Hat and Beard, dans une version relativement proche dans sa structure (c'est Mélissa Acchiardi qui ouvre la séquence), et dans le traitement, de la version princeps. Cette relative fidélité sera ensuite abandonnée, et c'est tant mieux, car l'essence du projet est précisément d'aller vers l'infidélité, comme le laisse entendre le titre de l'album. J'ai d'ailleurs le souvenir que, un an exactement avant la sortie de ce disque, le 13 novembre 2019 au festival D'Jazz de Nevers, le groupe avait donné en ouverture une version assez fidèle à l'original, pour offrir en rappel une autre version du même thème, bien différente. On ne saurait mieux résumer l'essence de cette aventure musicale. Le présent disque bouleverse ensuite l'ordonnancement de l'opus inspirateur, puisqu'il aborde en plage 2 Gazzelloni, hommage à un célèbre flûtiste italien (interprète de la Sequenza per flauta solo de Luciano Berio), troisième et dernière plage de la face A du 33 tours originel de Dolphy. Heureuse distorsion qui livre le présent disque à sa revendication légitime de singularité. Ici c'est la batterie de Christian Rollet qui ouvre une danse de liberté.

 Christophe Gauvert & Christian Rollet ©Philippe Malet

La flûte est jouée par le trompettiste-bugliste Guillaume Grenard (pas plus flûtiste chevronné que ne l'était Dolphy, lequel n'était pas un virtuose à la Severino Gazzelloni, mais là n'est pas la question), et elle fait son entrée soutenue par la clarinette, avec laquelle ensuite elle dialogue très librement. On est exactement dans l'esprit de liberté légèrement transgressive du disque de Dolphy : prendre son essor, et ne surtout pas jouer les épigones.

 Guillaume Grenard & Clément Gibert ©Philippe Malet

Puis on en vient à ce qui était le titre 2 de l'album originel, avec encore une fois un traitement très différent. Cette liberté même est le plus bel hommage que l'on puisse rendre à Dolphy, dynamiteur dont la carrière fut hélas trop courte, mais qui en son temps bouleversa le langage du jazz au moins autant que Coltrane, mais dans une voie singulière. Je ne vais pas détailler toutes les plages. Sachez simplement que les trois suivantes sont des originaux (deux de la plume de Clément Gibert, un de Guillaume Grenard), qui sont à la hauteur de l'enjeu : celui de la liberté et de la créativité. Et pour conclure on revient au répertoire du disque : Out to Lunch et Straight Up and Down, avec notamment, dans des climats et des tempi différents, de belles stimulations de la contrebasse de Christian Gauvert pour installer l'intensité du discours. Bref c'est un très beau disque, dans l'esprit du projet comme dans son accomplissement. Et cela redonne sens à l'idée d'hommage, trop souvent galvaudée par excès de servilité.

Xavier Prévost

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Des infos

http://pointbreak.fr/arfi-dolphy/

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Des avant-ouïr sur Youtube

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