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9 janvier 2021 6 09 /01 /janvier /2021 11:18

GUILLAUME NOUAUX ET LE JAZZ PETILLANT

 



A l'occasion de la parution de l'album de duos de Guillaume Nouaux avec quelques piansites du stride, nous avons rencontré le batteur.
Retour sur ce formidable album totalement jouissif.
 

Les DNJ : » Qu’est ce que le piano stride ? »

GN : «  le piano stride est une technique de jeu de piano qui consiste à ce que le pianiste soit un homme orchestre à lui tout seul en ce sens qu’il joue les basses avec son petit doigt de la main gauche et les accords avec les autres doigts de la même main et avec l’autre main il joue la mélodie ou improvise. C’est un technique qui est apparue dans les quartiers de New-York autour des années 20. A partir de là n’importe quel morceau peut être interprété en stride, du be-bop jusqu’à la variété.

Les DNJ : «  il y a des héros du piano stride comme James P Johnson ou Fats Waller mais la démonstration de cet album est effectivement que tout peut se jouer en stride, comme ce "tea for two"qui figure dans l’album. Est-ce toi qui a fait le choix des morceaux ? »

GN : « en réalité ce choix a été fait d’une manière concertée avec les pianistes invités dans l’album. Je leur ai d’abord proposé deux morceaux pour ouvrir le débat et parfois ils m’ont fait d’autres propositions »

 

Les DNJ : «  Effectivement car il faut préciser qu’il y a plusieurs duos dans cet album. Il ya 7 pianistes qui interviennent .Pourquoi ce choix ? »

GN : «  J’ai à un moment réalisé que j’avais eu la chance de jouer avec de très bons pianistes de stride. Au cours de ces rencontres je me disais que j’aurai aimé faire un album en duo avec untel ou untel. L’idée de faire plusieurs albums de duos n’aurait pas été forcément judicieuse. Du coup je me suis dit, finalement pourquoi choisir ?"
 

Les DNJ : «  Comment as-tu fait ces choix ? »

GN : «  il ne s’est pas agit d’un sélection exclusive. Mais ce sont des pianistes avec lesquels j’avais un certain feeling. Je trouve que bien que s’agissant de stride, chacun des 7 pianistes a vraiment un style, une patte différente dans leur façon de jouer et c’est cela qui m’a intéressé. Mettre dans un même album la variété du style stride »

 
Les DNJ : «  mais même s’agissant de toi, on a l’impression que ton jeu n’est jamais le même au cours de ces différentes plages »

GN : « Disons que je ne me pose pas beaucoup de question avant de jouer. Cela vient comme ça. Je m’adapte naturellement à ce que j’entends. Mais je pense conserver ma propre personnalité tout au long du disque. Je ne cherche pas l’exercice de style. »


Les DNJ : » quand on voit les batteurs modernes qui ont des batteries de plus en plus imposantes ou compliquées, toi on a l’impression que tu fait des prodiges avec un matériel de base »

GN : « Disons que c’est une batterie assez classique, une grosse caisse, deux toms, cymbale et caisse claire. C’est classique. Mais c’est surtout dans mon approche que peut être je diffère un peu. Les batteurs modernes utilisent beaucoup les cymbales. Dans l’accompagnement du stride je trouve que cela ne marche pas très bien. D’abord par rapport au volume sonore du piano acoustique et pour éviter d’avoir trop de résonances. C’est pourquoi que j’utilise beaucoup plus les peaux. Les cymbales ne viennent que pour ponctuer plus que pour tenir le tempo. »

 



Les DNJ : «  Peux-tu nous en dire plus sur les 7 pianistes qui t’accompagnent sur cet album ? »


GN : « Oui, il y a deux pianistes Français, Alain Barrabès avec qui je joue depuis longtemps et Louis Mazetier. Il y a aussi Bernd Lhotzky qui est allemand, Chris Hopkins qui est américain et deux italiens, Lucas Filastro et Rossano Sportiello qui vit à New-York et enfin le Néerlandais Harry Kanters."

 

Les DNJ : « Cet album fait suite au précédent «  Guillaume Nouaux and the clarinet kings », c’était le même principe ?"

 

GN : « Dès le départ j’avais imaginé deux albums l’un avec des clarinettistes et l’autre avec des pianistes.  Au départ j’étais passionné par la formule piano/clarinette/batterie, formule que je trouve particulièrement intéressante parce que très différentes des autres formats jazz. C’est le format dans lequel, en tant que batteur je me sens plus à l’aise, plus libre. Je peux intervenir rythmiquement mais aussi dans le discours d’une manière plus mélodique. Finalement le duo me donne la possibilité de plus mettre en valeur les solistes »

 

Les DNJ : « J’ai vu que tu avais joué avec Steve Lacy. C’est très différent de ton univers ? »

GN : «  Oui cela date de ma période bordelaise. J’ai aussi joué avec Luigi Grasso il n’y a pas longtemps et Harry Allen qui sont à la frontière du jazz traditionnel. J’ai aussi joué aux côtés de Yoann Loustalot, avec Samy Thiebaut. Je n’ai pas fait que du jazz traditionnel dans ma vie mais c’est vrai qu’aujourd’hui c’est là où je me retrouve le mieux. J’adore ça. J’ai l’impression d’avoir trouvé ma voie là-dedans. »

Les DNJ : «  Penses tu que le public jeune peut revenir à cette musique-là ? »

GN : « Je pense que oui. D’ailleurs je suis agréablement surpris de voir grâce aux réseaux sociaux qu’une nouvelle génération se remet à jouer cette musique. Le jazz traditionnel n’est pas mort, il ne l’a jamais été. Il s’est juste rajouté d’autres formes. Chaque forme a ses spécialistes, comme en musique classique. Un jazz ne tue pas l’autre »

Les DNJ «  tu es aussi passeur, tu donnes des conférences »

GN : «  oui mais j’ai décidé d’arrêter car cela devient difficile avec les concerts. Mais j’aime transmettre ce que je pense avoir compris aux plus jeunes. Sans prétention je me dis que j’ai peut-être un rôle à jouer"

Interview réalisée le 14 novembre 2020 au cours de l’émission Jazzbox  (Aligre Fm 93.1)


                                                               

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