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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 09:18
SLEEPER TRAIN   CHESNEL/CHIFFOLEAU/LOUSTALOT/PASQUA

SLEEPER TRAIN

François CHESNEL (p)/ Frédéric CHIFFOLEAU(cb)/ Yoann Loustalot (tp, bugle)/Fred PASQUA(dms)

BRUIT CHIC 2020 /Inouïe

www.sleepertrain.fr


L’argument de cet album Sleeper train est séduisant : qui a passé du temps, voire beaucoup de temps en train, imagine aisément les heures d’attente, souvent interminables pour parcourir ces trajets de plusieurs centaines de kilomètres d’une étape à l’autre. Sleeper train est une réflexion sur le temps « élastique », déclenchée par un avion manqué lors d’une tournée du groupe en Russie, et d’un voyage en train couchette de seize heures pour se rendre au concert suivant . D’où une certaine empathie avec les musiciens en regardant la photographie de couverture. « Le temps est élastique. Avec un peu d’adresse on peut avoir l’air d’être dans un endroit et être toujours dans un autre. » Merveilleux Jean Cocteau qui a toujours le bon mot.

Sur le site du groupe, un quartet né en 2018 avec un premier album Old and New Songs, on peut se faire une idée des concerts de cette tournée à Nijni Novgorod, Kazan, Samara. Des noms qui font rêver, qui débutent le parcours du Transibérien entre Moscou et Pékin. D’où un traditionnel mongol "Ekh ornii magtaal" car on comprend que s’égrène ainsi un parcours musical qui s’ajuste à toute une géographie des transports, pas vraiment amoureux, plutôt affective, qui va de la Russie au Japon, saute d’un continent à l’autre jusqu’en Amérique, Nord et Sud, via La Réunion avec l’hypnotique “Mangé pour le coeur”.La vieille Europe n’est pas oubliée,“Tam Lin” n’est pas oriental, c’est  le titre du guitariste anglais d’Ozma, Tam de Villiers, “Child 39” qui nous emmène aux confins de l’Angleterre sur les Scottish borders.

Cet album constituerait une bande son parfaitement adaptée à un trip dans la Russie profonde, désespérément vaste. Ou n’importe où : c’est la musique d’un film rêvé que le groupe parvient à réaliser. Tous les thèmes (aucune composition du groupe) sont arrangés, revus, si ce n’est corrigés par la pâte spécifique de cette formation sensible, qui recrée une musique qui n’appartient qu’à eux. Le quartet arrive à recréer les images de ce “rail movie”, ou plutôt les contournent tout en restant dans la même perspective horizontale. Que trouve-t-on dans leur Sleeper Train ? 9 titres qui s’étirent sur un peu moins d’une heure, installant un climat crépusculaire, une musique de la prairie, ou de la steppe. Au fil des étapes, le voyage acquiert de la consistance : la trompette et le bugle de Yoann Loustalot savent à merveille envelopper de brume la force du souvenir. Comme dans le deuxième titre, la composition la plus longue étirée, aux accents davisiens “le chemin vers Izumo”. Curieuse composition par ailleurs aux nombreuses ruptures de rythme qui, dans un couchant crépusculaire évoque ensuite davantage un western, concédons Les sept samouraïs plus que les Sept mercenaires. Mais on se sent davantage au pays du Soleil levant avec l’avant-dernier titre “Koruda bushi”, une splendide ukiyo. On est désorienté, perdu et pourtant  protégé dans un temps floconneux et une cartographie floue de destinations qui se substituent les unes aux autres. Ainsi, la ballade "Sanza triste" du Camerounais Francis Bebey renvoie-t-elle à la "Samba triste" du guitariste brésilien Baden Powell? Ou à la saudade avec la clôture de l’album, la chanson “Gente Umilde” de Vinicius de Moraes et Chico Buarque. 

Le piano de François Chesnel, découvert il y a longtemps avec le normand Petit label, à la couverture cartonnée et à la ligne graphique spécifiques, est le partenaire idéal, lyrique sans trop d’effusion, contrepoint à la tristesse du soufflant. Le drive de Fred Pasqua est soutenu, énergique, jamais spectaculaire mais tellement efficace et porteur; la contrebasse de Frédéric Chiffoleau, est active en sous main assise à l’envol du soufflant reconnaissable dans cette tonalité jamais éclatante comme d’autres trompettistes qui se poussent vers le ciel, entretenant des volutes parfois compliquées, interminables. Alors que Yoann Loustalot joue avec le silence qu’il maîtrise, maniant suspension et retrait, chuchotement, effacement harmonisant ses propres déséquilibres à la recherche d’élans lumineux et d’horizons éclatés.

Un album que l’on aime car il nous fait voyager dans l’imaginaire du groupe, et il n’est plus tellement question de tourisme. Rien ne ressemble vraiment à l’idée musicale que l’on se fait des airs de folklore et traditionnels tant ils sont plongés ici dans une lumière noire, riche en nuances….

Sophie Chambon

 


 


 

 


 


 


 

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