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22 mai 2021 6 22 /05 /mai /2021 16:20

Deux disques : un duo avec invité, et un duo stricto sensu

DANIEL ERDMANN & STÉPHANE PAYEN «Bricabracomaniacs»

Daniel Erdmann (saxophone ténor), Stéphane Payen (saxophone alto)

invité sur deux plages : Paul Erdmann (violon alto)

Reims, printemps 2018

Yolk Records J2084 / l'autre distribution

 

Ce n'est probablement pas un hasard si la première plage installe une atmosphère proche des inventions de Bach (d'ailleurs le livret nous dit que c'est conçu, comme une autre plage du CD, d'après le Cantor de Leipzig). Tout le disque paraît élaboré selon un sorte de science de la combinatoire, un jeu de constructions mélodiques, rythmiques et harmoniques qui s'offrent à nous comme un exquis labyrinthe où l'on a plaisir à se perdre. Outre les deux saxophonistes, les autres pourvoyeurs de thèmes sont Doug Hammond, Steve Argüelles et le saxophoniste néerlandais Jorrit Dijkstra. Et tout le répertoire semble procéder de cette démarche en spirales vertigineuses. Cet enregistrement, réalisé au Centre National de Création Musicale Césaré à Reims, nous ouvre les portes d'un univers plein de surprises, de jaillissements, d'harmonie et de tensions, mais abondamment pourvu aussi d'une sensualité musicale palpable. Comme chez Bach, ou pour le jazz chez les héritiers de Tristano (Lee Konitz en duo avec Warne Marsh, parmi d'autres), ce que l'on croirait à tort une pure construction de l'esprit se révèle constamment à l'immédiateté de nos sens. Bref c'est de la vraie Grande Musique.

AKI TAKASE & DANIEL ERDMANN «Isn't It Romantic»

Aki Takase (piano), Daniel Erdmann (saxophones ténor & soprano)

Budapest, 3-4 août 2020

Budapest Music Center BMCCD 301 / Socadisc

 

La formule piano-saxophone, comme le titre de l'album (celui du standard qui conclut les 13 plages) pourrait nous laisser penser qu'il s'agit d'un disque 'à l'ancienne'. Il n'en est évidemment rien, même si l'engagement total dans la musique, dans la substance mélodique comme dans la sensualité du timbre, peut nous rappeler des émois du passé. C'est comme une joute, un dialogue qui tourne au défi, mais se résout dans la convergence musicale, dans la subtilité des nuances et dans une forme de sensualité suscitée par le timbre du saxophone, et sublimée par la palette harmonique du piano. Daniel Erdmann est, comme sa partenaire Aki Takase, rompu à tous les langages.Tout le vingtième siècle constitue le spectre de cet univers, du jazz presque classique aux improvisations les plus libres, avec aussi à quelques rythmes qui rappellent Stravinski, quelques lignes mélodiques sinueuses qui nous entraînent du côté de Bartók, sans parler d'instants lyriques qui feraient revivre Berg, et d'un dépouillement qui ferait rêver à Satie. Vous penserez que je fantasme, et vous aurez sans doute raison. Comme (presque) tout le monde, j'écoute la musique avec ma mémoire, même quand elle m'entraîne sur un sentier inconnu. Bref cette musique m'a emporté loin de mes bases. C'est signe sans doute que c'est de la très très bonne musique.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr du duo Aki Takase – Daniel Erdmann sur Youtube

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