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31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 10:35
DMITRY BAEVSKY  SOUNDTRACK

DMITRY BAEVSKY

SOUNDTRACK

Jeb Patton( p) David Wong (cb)Pete Van Nostrand (dms),

Fresh Sound New Talent

Dmitry Baevsky

Dmitry Baevsky SOUNDTRACK (album trailer) - YouTube

 

SOUNDTRACK 

Dernier projet du saxophoniste russe Dmitry Baevsky, son neuvième album est une confession qui décline 13 titres enregistrés dans le New Jersey fin 2019, avec des musiciens du sérail. Seulement deux originaux se glissent  au sein d’une sélection de standards, des valeurs sûres. La musique s’écoute sans mots mais notre altiste se livre avec pudeur dans le livret et c’est bien. Car cette lecture est absolument indispensable pour comprendre le parcours compliqué, la drôle de vie d’un jeune musicien de 19 ans, obligé d’abandonner son saxophone à l’aéroport de sa ville natale, Leningrad, alors qu’il s’envolait pour deux semaines de stage aux Etats Unis. Il y restera plus de vingt ans pour apprendre le jazz, en assimiler les codes et en faire sa langue. Il quittera cependant ce pays où il s’était fait un nom sur la scène new yorkaise, pour Paris, repartant une fois encore à zéro : une nouvelle terre d’accueil, une plongée dans une culture et une langue différentes. Courageux sans doute mais cela en valait la peine, puisqu’ il y a enfin trouvé son point d’ancrage, il y a cinq ans, en fondant une famille….

Avec cet arrière-plan, on suit le montage de l’album selon une liste de titres, qui ne sont pas dus au hasard, qui nous baladent à travers des formes musicales, volontairement ouvertes: après une chanson populaire russe de son enfance, en ouverture et l'une de ses compositions, “Baltiskaya” du nom de la station de métro proche de chez lui, on suit ses petits cailloux qui ont pour nom “Invisible”, “Autumn in New York”, “Stranger in Paradise”, “Tranquility”, “Afternoon in Paris”. Ce sont de petites pièces, choisies et assemblées pour composer un portrait fragmenté, en puzzle. Pas de faux-pas, avec même quelques titres étonnants, des standards qui n’en sont pas vraiment, puisque peu joués, comme “Le coiffeur” de Dexter Gordon. Faisant remonter une vague de souvenirs qui aurait aussi bien pu le submerger, il essaie de leur donner forme dans une déclaration d’amour au jazz américain, à New York, à Paris. Son style est affirmé, solidement ancré dans le mainstream, son timbre d’alto, chaud, profond. Attaché à la clarté des lignes qui peuvent masquer une complexité formelle, Il se sert de la musique comme d’un langage accessible à tous, soutenu par une grande complicité avec les membres de son quartet, une rythmique impeccable qui swingue avec finesse. L’accord est parfait avec son alter ego au piano, Jeb Patton : avec lui, la compréhension est immédiate, ils attaquent sur n’importe quel tempo, à l’aise dans un bop techniquement vif “Over and Out”, ralentissent voluptueusement dans les ballades (“Autumn in New York”), sont délicieusement funky dans “The Jody Grind” du grand Horace Silver. Dmitry Baevsky a le chic de conclure sur "Afternoon in Paris" en trio sans piano, par amour de la formule. Un sans faute!

 

Sophie Chambon

 

 

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