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23 mai 2021 7 23 /05 /mai /2021 16:35

Masabumi Kikuchi (piano)

New York, décembre 2013

Red Hook Records 1001/ https://www.redhookrecords.com

 

Mon premier souvenir de ce pianiste, c'est un disque du flûtiste traditionnel (merveilleux musicien, joueur de shakuachi) Hozan Yamamoto ; lequel avait enregistré en 1970 pour Nippon Phonogram un disque en quartette avec Gary Peacock à la basse. Le disque avait été publié en France par Polygram, à un petit tirage. Je l'avais découvert par une chronique enthousiaste de Jean Delmas dans le Jazzophone (magazine publié par le CIM d'Alain Guerrini), et un ami m'en avait fait une copie sur K7. Bien des années après, le cherchant sur CD, je dus constater qu'il n'existait qu'au Japon, et pas d'import ici. Une amie qui a vécu et travaillé là-bas m'en procura un exemplaire. J'avais été frappé par le talent singulier du pianiste de ce groupe, son sens de l'espace, et une certaine idée de la liberté. J'ai écouté par la suite bien des disques sous son nom (dont des trios avec Peacock), mais le retrouver aujourd'hui, avec cet enregistrement réalisé quelque temps avant sa mort, et publié en 2021 par un label irlandais de Cork, ravive la belle impression de naguère. Il y a d'abord ce sentiment de mise en suspens, cette lenteur dont on ne sait si elle a pour origine l'hésitation ou le doute métaphysique. Mais c'est comme un supplément d'expression, une intensité retenue qui fait mouche. Hormis une improvisation et une composition personnelle, le répertoire se compose de standards d'origines diverses. Le premier, Ramona, est -après une intro totalement excentrée- traité dans une lenteur presque déconstructrice. Et le familier devient ainsi d'une totale étrangeté. Puis c'est Summertime, abordé depuis un horizon lointain avant de se livrer sur un soubassement harmonique tendu à l'extrême. My Favorite Things subit le même traitement analytique qui va nous entraîner encore plus loin de nos souvenirs thématiques. La plage improvisée sera plus prolixe que les précédentes. Quant à la composition personnelle et conclusive, elle nous promène d'expansion en rétraction, et finit de nous plonger dans cet état second qu'il serait agréable de ne plus quitter. C'est dense, assez fascinant, et ça mérite le détour.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

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