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11 juin 2022 6 11 /06 /juin /2022 17:40
ÔTRIUM   QUENTIN GHOMARI Trio

ÔTRIUM QUENTIN GHOMARI

Quentin Ghomari (tp), Yoni Zelnik (cb), Antoine Paganotti (dms)

NeuKlang Future

Sortie le 10 juin 2022

ÔTRIUM - Striptyque - YouTube

 

Quentin Ghomari? C’est le trompettiste que l’on a entendu dans de multiples formations, toutes fort appréciées, le ludique Papanosh, le vibrant Big Four de Julien Soro, les formidables ensembles Grand Schwab, la Ping Machine de Fred Maurin avant qu’il ne prenne la direction de l’ONJ… le collectif Pégazz & l'Hélicon ou encore, et ce n’est pas le moins mémorable, dans le duo poétique Gonam City avec le pianiste Marc Benham... Le trompettiste revient avec un nouveau trio et un album de compositions originales, ÔTRIUM, contraction maligne entre trio et “otium”, ce fameux loisir que les Romains opposaient à "Neg-otium", le commerce. Le plaisir commence dès la pochette dessinée ( Claire Detallante), des bols qui s’animent dans un univers cartoonesque, à la Lewis Carroll.

Du loisir forcément, pendant un "temps libre mais imposé", ce temps suspendu, obligé du confinement qui résulta en de nombreuses projets, plus restreints mais non moins créatifs. Une certaine vacance mais utilement employée quand il s’agit de composer avec un trio (trompette-batterie-contrebasse) intéressant par son instrumentation, soulignant les échanges féconds entre des musiciens doués qui s'autorisent à pousser assez loin leurs recherches. On ressent constamment une énergie frémissante au sein de leurs conversations, une suite de questions-réponses où chacun prend la parole, se sachant compris dans cet engagement complice, ces impros sous tension.

Neuf compositions, des petites pièces alertes mais sans précipitation excessive, souvent lyriques: elle mettent en valeur le jeu plein, charnu, sans vibrato du leader selon une ligne mélodique pure qu’il tient sans trop d’effets. Des mélodies qui sinuent, serpentent (“Kenny and Jim”), du petit solo bruitiste de l’intro “Knock, Knock” qui frappe à notre imaginaire au “Scratched disk”, référence au crissement d’un 33T qui tourne sans fin quand on ne se relève pas pour changer le disque… Si la trompette peut exulter et se forcer un passage dans les aigus, elle est aussi délicate dans le titre éponyme qui vient à point, à la mitan de l'album, plus méditatif, élégiaque.

La rythmique tient parfaitement son rôle, elle sait brosser tout un arrière-pays propice à l'envol du soliste :  le contrebassiste Yoni Zelnik est impérial dans ses interventions ( "Kenny and Jim") que l’on capte avec précision. Gardien du tempo, il sait  donner cette pulsation essentielle, doté d'un sens métronomique pour régler la cadence. Le batteur Antoine Paganotti est le troisième homme, vif, précis, bondissant quand il le faut, réactif et subtil aux balais, décisif aux baguettes. Le trompettiste qui s’adosse à pareil duo rythmique peut  oser toutes les variations dans l’instant, en un élan spontané, jamais à bout de souffle.

La musique du trio, jamais hybride, fait advenir des expressivités individuelles qui se fondent dans le collectif. Le montage est réussi, les titres alternent les climats, les compositions sont d’une longueur parfaite, sans baisse de régime pour l’auditeur. Un album au charme persistant d’un bout à l’autre, intelligent et raffiné qui se déguste pour qui sait prendre le temps, les “Babillages”(qui n’en sont pas vraiment) sont exquis. Le final plus que réussi, “Striptyque” marquera les esprits, entretenant un groove irrésistible, après quelques impulsions au triangle, un solo bienvenu de batterie qui ne paraît pas superflu dans l’architecture du morceau. Tout paraît parfaitement réglé, des brusques changements opérés avec maestria aux collages audacieux qui s’emboîtent dans le puzzle d'un travail d'ensemble, maîtrisé magnifiquement.

Quentin Ghomari aime différentes esthétiques, avouant suivre en cela sa référence,  Dave Douglas : peu soucieux de choisir une ligne exclusive par trop tranchante, il ne dédaigne pas de revenir aux standards, apprécie évidemment Miles-son hommage "Charms of Miles’ Skies” en dit long sur sa révérence aux ainés. Il fait entendre sa voix, parvenant en gage d’unité, à une manière de jouer d’une singulière fluidité, gracieuse sans être trop fragile. 

Sophie Chambon

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