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27 octobre 2023 5 27 /10 /octobre /2023 18:36

La cérémonie funéraire de Philippe Carles s’est déroulée le 25 octobre au funérarium du cimetière parisien du Père Lachaise en présence de nombreux ami(e) du monde du jazz. Jeanne Lee, Ella Fitzgerald, Miles Davis, John Coltrane et naturellement son artiste préféré Jimmy Giuffre constituaient la « bande-son » de cet hommage. Parmi les témoignages, celui de François-René Simon, contributeur de longue date de Jazz Magazine et grand connaisseur de John Coltrane. Voici les principaux extraits de son adresse à Michèle Carles-Scotto, la veuve de l’ancien rédacteur en chef du magazine.

 

«Chère, très chère Michèle, tu m’as proposé de dire quelques mots. J’avais tellement peur qu’au lieu de soulager ta douleur – comme si c’était possible ! – ils ne l’accentuent, que j’ai préféré les écrire. A d’autres l’improvisation , pourtant si chère à Philippe ! Résumer sa carrière ? Tu la connais mieux que quiconque. Je citerai quand même son défi, cet impossible Dictionnaire du jazz qu’il faudrait mettre à jour tous les jours et auquel il m’a demandé, avec beaucoup d’autres, de contribuer. Je mentionne tout de même une spécificité à laquelle Philippe tenait par-dessus tout : décrire au plus juste le style de chacun des musiciens qui avait droit à son “entrée” comme on dit. Eh bien c’est le style de Philippe que je voudrais sommairement évoquer ici, sa façon d’être ou plutôt de ne pas être chef, même s’il fut mon inoubliable rédacteur en chef de Jazz Magazine. Chef, il l’était si peu, qu’il n’osait pas dire, par exemple, à son metteur en page qu’il voyait les choses autrement, quitte à s’en vouloir de ne l’avoir pas dit une fois le numéro paru. Philippe avait commencé par des études de médecine, et il lui en est resté non seulement un goût pour l’auscultation profonde, mais aussi une grande connaissance des maux que peut subir notre corps et des moyens de les atténuer. (…) De ce penchant pour la médecine, il lui est resté ce visage de docteur, presque sévère, gardant son émotion pour l’intérieur, ou pour toi Michèle, ou pour une rencontre forcément joyeuse avec un musicien, Jimmy Giuffre par exemple, comme le montre la belle photo (de Christian Rose) que publiera Frédéric Goaty dans le prochain n° de Jazz Magazine… Pourtant je l’entends encore donner un coup de fil de colère et de rupture dont son interlocuteur, Gérard Bourgadier (ndlr : éditeur décédé en 2017), n’a pas du se remettre. Philippe, c’est bien sûr le co-auteur avec son alter-ego Jean-Louis Comolli de Free Jazz Black Power, défenseur d’un jazz si longtemps moqué, mais dont il défendit avec vigueur et rigueur, je le cite, les « beautés sans nom du hasard ». Philippe, c’est aussi l’homme de radio, producteur de 1971 à 2008 à France Musique, qui se débarrassa de lui pour cause de soi-disant retraite obligatoire. Car Philippe, c’est une voix, un timbre, ni racoleur ni vendeur, et il faut prêter bien plus qu’une oreille pour entendre les ombres d’un accent pied-noir qu’il ne récusa jamais car il n’oublia pas davantage son Alger natal, qui le rendit très tôt sensible au bleu de la Méditerranée.

François-René Simon, 25 octobre 2023, Cimetière du Père Lachaise, Paris.

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commentaires

M
Beau texte, que c'est bien d'avoir rappelé l'infamie des chefs de France-Musique<br /> qui nous privèrent de la science aimable de Philippe Carles, Alain Gerber ou Claude Carrière pour mettre à leur place des gens qui sont loin d'avoir la même valeur.
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