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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 07:12

JJJJ(J)SOPHIA DOMANCICH Pentacle : « Triana moods »

Cristal 2007

 pentacle.jpg

 

 Immédiatement ce Triana inspiré par un voyage à Séville nous ramène à d’autres contrées. Des contrées tout autant hispanisantes que les plaines mexicaines et les villages des gringos en lutte qu’évoquaient en leur temps le premier Libération Music Orchestra de Charlie Haden. Même esprit décalé des fanfares cuivrées.  Mais le Triana de ce pentacle évoque aussi le grain de folie déstructurée de Mingus et l’on ne s’étonnera pas des clins d’œil comme ce Triana Moods qui nous renvoie bien sûr au fameux Tijuana Moods du contrebassiste. C’est qu’il y a présent tout au long de l’album un vrai esprit des Brass band, des bandas des pays du soleil, une spontanéité et une liberté  qui évoque l’émergence de la création directe ou des happening façon Ornette Coleman.  A ce titre, la version sublime de ce qui est aujourd’hui le tube planétaire du jazz, Lonely Woman nous a rarement autant bouleversé avec ses phrases décalées, son atonalité flirtant avec le jeu faux mais spontané qui dit le thème avec une rare intensité. A la bordure de la folie. De la genèse aussi. Comme si tout se terminait et naissait dans le chaos. Si l’on ne connaissait pas le titre du morceau, on l’aurait deviné. Car cet album possède une rare puissance évocatrice. Funerals par exemple que l’on suit comme la fanfare d’un très triste cortège nous semble traverser on ne sait quel barrio de Tijuana. Sophia Domancich jette tout dans la bataille avec une décomplexion totale dans le fond et la forme qui lui permet de proposer tout ce dont elle a envie avec une solide connaissance de son histoire du jazz. Pourquoi pas jouer avec un thème post bop aussi joyeux que fantasque (Monkey Business un nouveau clin d’œil à Don’t be afraid the clown is afraid too) ou encore conclure l’album avec un thème magnifique de Ellington ( Creole Blues). Mais au-delà des compositions qu’elle signe avec Simon Goubert, Jean Luc Capozzo ou Claude Tchamitchian Sophia Domancich continue de s’affirmer comme une pianiste rare se jouant des sonorités graves et des silences. Car voilà, Domancich nous montre qu’il y a autant de déstructuration dans la musique désorganisée que dans le silence spontané. Dans ce morceau au si beau titre , Démons et mères veillent se jouent des moments de suspension comme dans un sommeil paradoxal. Un entre deux à l’évanescence onirique. Triana Moods dit la vie. La vie éclatante, la vie inquiétante, la non vie qui n’est pas vraiment la mort et dans laquelle Sophia Domancich y met autant de joie que d’espièglerie. Y met une âme forte. Une vitale passion.

Jean-Marc Gelin

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