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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 07:22

STEPHANE OLIVA: « Ghosts of Bernard Hermann »

2007

 

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JJJJ Certains jugent très durement la musique de films, par trop illustrative, véritable aubaine commerciale auprès du public ado, cœur de cible des « blockbusters ». Mais certaines musiques deviennent partie intégrante du film au même titre que le cadrage, la lumière, le découpage.  Ce serait oublier que « Faire du cinéma, c’est faire de la musique. » Alain Corneau    Jazzman spécial jazz et cinéma  mai 1998 p.10

Si Miles a improvisé avec son quintet français la musique d’ «Ascenseur pour l’échafaud » en regardant les images de Louis Malle, que serait le cinéma de Fellini sans Nino Rota, les westerns spaghettis de Sergio Leone sans Ennio Morricone? Bernard Herrmann est célèbre pour avoir «accompagné», doublé, la plupart des films d’Hitchcock. On songe au thème simple et fort de‘Psychose’ qui place instantanément dans la juste perception du film ou à l’envoûtant Vertigo qui, dès le générique nous embarque, par la répétition de formules rythmiques, dans la spirale colorée de la névrose du personnage principal (James Stewart), fasciné par la double Kim (Novak) blonde et châtain. Mais beaucoup d’autres talentueux metteurs en scène comme Orson Welles («Citizen Kane», François Truffaut «Fahrenheit 451», De Palma «Sisters» et «Obsession» ont fait appel au compositeur, dont la musique participait activement au processus créatif soulignant les tensions de l’intrigue, les ressorts de l’action, identifiant au besoin les personnages à un thème comme dans l’opéra wagnérien.

Depuis très longtemps sa musique inspire Stephan Oliva, qui avait déjà abordé Vertigo dans «Jazz n’emotion», il y a une dizaine d’années. Avec l’aide des producteurs Philippe Ghielmetti (Illusions), graphiste de formation et dingue de cinéma, de Stephane Oskeritzian ( Bleu sur Seine) et de Gérard de Haro (studio La Buissonne), le pianiste a choisi douze films dont ils aimaient particulièrement la musique d’Herrmann ( avec quelques surprises comme les thèmes des films de SF « Journey to the center of the earth» et «The day the earth stood still»).  Lors d’un concert privé à la Buissonne (où nous étions) le disque fut enregistré, le 2 décembre 2006. Le travail que réalisa ensuite au montage et à la masterisation, Nicolas Baillard, est une véritable réussite : précision, cohérence, justesse du son sur un piano arrangé et préparé par Alain Massonneau (autre habitué de la Buissonne).

Le travail de Stephan Oliva a commencé par une analyse soignée de cette écriture musicale cinématographique si originale*. Mais, où il se révèle magistral, c’est dans le processus d’arrangement: laissant agir émotions,  mémoire des images, il réussit à faire remonter, à travers ses improvisations, ce qui subsistait en lui des mélodies.  Comme dans le délicieux « The Ghost and Mrs Muir de Joseph Mankiewicz », dont l’arrangement débute le CD,   où l’héroïne se crée un rêve de vie, inventant son capitaine Cregg, personnage fictif et pourtant réel,  Stephan Oliva parvient à faire revivre le complexe Bernard Herrmann, à travers son imaginaire et sa sensibilité. Les divers motifs de films s’enchaînent à leur tour, écrivant la B.O d’un autre film-miroir, synthèse du pianiste qui a désormais intégré l’univers de B. Herrmann à ses propres fantasmes et à sa «manière» propre. Le disque s’achève sur la dernière BO de Bernard Herrmann, mort la veille de Noel 75 après l’ultime séance d’enregistrement de la musique de Taxi Driver de Martin Scorcese **.

Ultime pirouette : c’est le seul  exemple d’introduction du jazz dans l‘univers très «classique» du compositeur, véritable mélodie, où s’illustrait, dans un style de jazz plutôt symphonique le solo du saxophoniste alto Ronnie Lang.

Sophie Chambon

 

*Lire à ce sujet le très intéressant travail d’analyse du pianiste dans l’article «Taxi Driver» : anatomie d’une mélodie  dans le numéro de Jazzman de juin 2007

 

**It doesn’t matter what language you speak, it affects you emotionnaly and psychologically,

because the music is universal.” Martin Scorcese about B.Herrmann’s music.

 

 

 

L Dieu sait que nous sommes les premiers à nous être enthousiasmé pour ce magnifique « Itinéraire Imaginaire » qu’il signa chez Sketch. Emballés par cette nouvelle esthétique à laquelle contribuait avec talent Philippe Ghielmetti, nous avons applaudi des deux mains à toutes ces belles œuvres que ce dernier poursuivait avec le label Minium qui n’était autre que la continuation de Sketch par d’autres moyens. Donc le projet  Lonely Woman nous avait transporté aussi. Mais l’on se demandait déjà si Stéphane Oliva pourrait un jour sortir de ce parti pris et de cette linéarité dont le relief ferait un peu penser à la vue d’un champ de patates sur une plaine briarde par un soir d’hiver. Aujourd’hui Stéphane Oliva part d’un nouveau concept, celui des musiques de film de Bernard Hermann qui compte à son palmarès des œuvres aussi marquantes dans l’histoire du 7ème art que Citizen Kane, Vertigo, Taxi Driver etc…  Mais dans sa dramaturgie Stéphane Oliva est bien trop univoque pour véhiculer la même inspiration. Chez Stéphane Oliva, toujours les mêmes clichés pianistiques : Comme si pour donner une couleur sombre il fallait obligatoirement jouer dans l’ultra grave du piano (écoutons donc plutôt Ibrahim Abdullah !). Comme si pour créer le suspens il fallait jouer avec les silences ici toujours stéréotypés (N’est pas Ahmad Jamal qui veut). Du coup tout est prétexte à l’exposé de la neurasthénie Olivienne qui met un art certain à s’écouter jouer beaucoup. Stéphane Oliva tourne en rond, se répète inlassablement d’album en album, de thème en thème. Le fantastique voyage en technicolor de Voyage au Centre de la terre est devenu gris foncé, la folie errante de Robert de Niro dans Taxi Driver se perd dans quelques méandres d’un ennui mortel, et Citizen Kane se transforme en loque traîne savate.

Prions pour que Ghielmetti ne confie pas à Stéphane Oliva un projet sur les musiques festives ! Parce que la Cucarracha pourrait bien alors nous tirer des larmes.

Jean-Marc Gelin

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