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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:28

JJJ STEVE LACY – ROSWELL RUDD QUARTET: «Early and late »

Cuneiform Records 2007

 stevelacy-roswellrudd.jpg

Il s’agit dans cet album des retrouvailles tardives du saxophoniste (sopraniste devrait on dire) Steve Lacy et du tromboniste Roswell Rudd. Les deux hommes qui s’étaient déjà croisés dans des orchestres de Dixieland avaient poursuivi dans les années 60 avec un petit combo qui explorait la musique de Monk dont on sait combien elle fut chère à Steve Lacy. On les retrouve ici  dans deux séries de concerts donnés pour partie en 1999 (à Amsterdam et à Tucson) avec la formation qui était celle de Lacy à l’époque (le magnifique Jean Jacques Avenel à la cb et John Betsch à la batterie) puis dans un match retour à New York en 2002 soit deux ans avant la mort de Steve Lacy.

Que ceux qui restaient sur l’image d’un Lacy grave et tourmenté oublient immédiatement tous leurs préjugés. Car dans cette rencontre, portée par l’énergie incroyable de Roswell Rudd, la musique que ces quartets délivre est d’une toute autre nature. Elle serait plutôt de celle que l’on retrouve dans les after hours des clubs New Yorkais poursuivant sur le terreau de Monk et de Cecil Taylor l’exercice post free des poursuivants de Ornette (un peu mais pas trop) et de Mingus (surtout dans l’esprit). Le reste des compositions est signé Lacy, Rudd ou encore du regretté et trop méconnu pianiste Herbie Nichols. Jamais totalement libre, au sens formel, cette musique est totalement espiègle et drôle se jouant des facéties du tromboniste qui à lui seul jette un pont évident entre la tradition (Dixieland) et la new Thing (la musique post free). Car Roswell Rudd ne joue pas, il exprime toute une palette d’expression, de monologues allant du bruitage au râle jusqu’à l’irruption rocailleuse. Il y a de la gouaille dans son jeu que des imbéciles ont pris u jour pour de la vulgarité (Il y a sur la jeune scène des trombonistes un musicien qui nous fait beaucoup penser à Rudd, c’est l’italien Gianlucca Petrella dont Enrico Rava (qui a joué avec Rudd justement) se plaît à dire qu’il s’agit du meilleur tromboniste actuel).

Mais fermons la parenthèse et puisqu’il est question de jeunesse, revenons sur celle retrouvée de Steve Lacy qui affiche ici, résolument mutin mais avec l’air de ne pas y toucher une liberté toute basée sur le sens de l’improvisation moins sinueuse qu’à l’accoutumée mais toujours aussi irrésistible. Toujours empreinte de cette superbe.

Et il est étonnant de voir tout au long de cet album combien chacun des musiciens ne cède pas à l’autre tout en maintenant l’ensemble cohérent. Chaque membre de ces quartets impose une réelle personnalité. Sans jamais trahir ni soi même ni la musique des autres. Non le jazz n’est pas mort dans de sombres perspectives. Vivifiant !   -  Jean-Marc Gelin

 

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