Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 09:19

JJJJ BUGGE WESSELTOFT : « IM »

Jazzland 2007

 

wesseltoft-IM.jpg


 
A l’occasion des dix ans de son label Jazzland, Bugge Wesseltoft, adepte du mélange des genres musicaux et de jazz fusion, semble revenir avec « IM » aux fondamentaux : le piano acoustique. Mais bien sûr s’agissant de ce prolixe et fantasque musicien norvégien tout raccourci est réducteur. Car bien que son jeu soit minimaliste, il est traversé par endroit de groove, de percussions enregistrées en boucle ou de collages sonores. Ainsi sur le superbe « WY », on distingue un discours de George W. Bush, des cris, du verre brisé et des extraits d’une interview de la BBC d’une congolaise racontant son enlèvement par des miliciens rwandais. Car l’album de Wesseltoft est aussi politique au sens où il ouvre un espace d’expression à des peuples opprimés et en lutte pour lesquels il exprime toute sa compassion. La voix de cette femme est calme et douce. Elle chuchote presque. Sur ce bouleversant témoignage, la musique de Wesseltoft n’est ni larmoyante ni emphatique, elle accompagne le propos avec retenu et quelques dissonances, ce qui accentue la souffrance et le chaos contenus dans ce morceau. Plus loin dans l’album c’est à la lutte du peule Sami qu’il offre un espace avec la merveilleuse chanteuse Mari Boine, inlassable combattante pour les droits de son peuple en Norvège. Ce peuple nomade a été violemment contraint de renoncer à sa langue et sa religion par la Finlande, la Norvège et la Russie, pays sur lesquels il était établi depuis longtemps. Sur « Yoyk » qui est inspiré d’un chant traditionnel sami, Wesseltoft revient au groove de ces précédents albums. De même sur « Fot », où la rythmique s’installe très simplement, très naturellement grâce à des boucles percussives, dans un espace dépouillé. « Hit » est un petit bijou rythmique : autour d’un thème joué staccato, les boucles rythmiques s’enchaînent, se déploient, s’enrichissent. Deux minutes de fantaisie où la technologie est utilisée au service de son imagination. L’ « espace » est le maître mot de cet album : ainsi dans « Black pearl makes dream », Wesseltoft , à partir d’un motif modal très simple créée des disruptions subtiles tout en revenant inlassablement vers le thème principal et en laissant une grande place aux réverbérations du piano. Sur « deIMAGER », on croit reconnaître l’univers de Satie, avec là encore l’utilisation de la réverbération du piano, de notes en suspension et du silence. 

Wesseltoft offre dans ce magnifique album un solo très personnel à l’imagination débordante.

Régine Coqueran

Partager cet article
Repost0

commentaires