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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 09:48

Les boutiques se sont illuminées et les sapins ont commencé à investir les appartements. Les gamins ont piaffé d’impatience à l’idée d’aller accrocher les guirlandes et la crèche ne va pas tarder à sortir des cartons. Il flotte un drôle d’air d’avant les fêtes et les ombres flottent la nuit devant les néons des magasins épuisés par les jours de grève et le vent qui souffle fort. Et pendant ce temps là nous étions l’autre soir dans un club de jazz à écouter Franck Morgan qui tel un vieux sage assis sur un tabouret nous distillait quelques histoires du bop avec cet air attendri et serein qu’ont les vieux lorsqu’ils racontent à leurs petits enfants des histoires vraies du passé. Ce soir là c’était Noël avant l’heure. Au bar on rencontre quelques copains et l’on tape la discute. On parle de choses et d’autres. Tiens, on cause d’Yvinec fraîchement nommé à la direction artistique de l’O.N.J dans sa nouvelle formule et l’on y va tous franchement de notre commentaire comme quoi la notion de directeur artistique c’est débile – comme quoi il aurait été préférable de nommer un tel ou un tel – comme quoi Yvinec ceci et Yvinec cela. Bref, personne ne semblait se rendre compte qu’avant même que Yvinec n’ait pu proposer quoique ce soit, qu’avant même de s’être penché sur son projet, le pauvre était déjà descendu en flammes par la gent bien pensante du jazz à laquelle nous étions censé appartenir. Et pourtant ! Si finalement il devait être avant tout question de laisser au temps le temps nécessaire. Pour nous journalistes, cette règle doit pas s’imposer comme l’exigence d’une impérieuse distanciation par rapport à l‘histoire en mouvement. Comme la règle absolue de mise en perspective, de jugement dans le temps passé et dans celui à venir. Peut être une telle règle de conduite à laquelle nous devons nous astreindre aurait elle évité à certains d’entre nous de vilipender Coltrane un moment avant, sans rire de le porter aux nues ensuite sans avoir l’air de se déjuger.

Mais à l’inverse donner du temps au temps c’est aussi laisser celui aux artistes de mûrir. Lorsque par exemple l’on voit certains labels vanter les mérites d’un jeune pianiste en exhortant ce dernier d’être immédiatement et tout de suite le génie qu’ils pressentent en lui, en le sommant d’être maintenant le futur Tony Williams du piano c’est aussi et de l’autre côté de la barrière transgresser cette nécessité absolue du temps qui construit et façonne.

 

Tiens d’ailleurs puisque l’on parle du temps qui passe et que l’on va bientôt fermer la page de l’année 2007, devons nous chercher aujourd’hui à en tirer le bilan ? Car pour tout vous dire la page de cette année se tourne, sans éclat, de manière un peu morose mais sans amertume…. L’IAJE aura été certainement cette année à New York un des évènements marquant pour le jazz français. Mais si l’on cherche ce qui, cette année a pu bousculer les fondamentaux du jazz, chambouler un peu nos repères et questionner notre « jazz attitude », je crois que l’on serait bien en peine de répondre. Des clubs de jazz ferment toujours, des festivals se bagarrent en haut de leurs clochers, les disques continuent d’affluer en grand nombre, les autoproductions se bousculent, la presse du jazz change la donne salutairement et fait son aggiorniamento ou menace de disparaître. Mais il n’empêche, dans ce paysage qui aura beaucoup été marqué par une campagne électorale médiocre sur papier glaçant, l’année du jazz qui s’achève laisse une impression bizarre de curieuse atonie. Dire que la France du jazz ronronne serait alors oublier ce que nous disions précédemment. Laisser le temps au temps c’est accepter les mises entre parenthèses, les lentes maturités. C’est aussi attendre patiemment les révolutions de demain. Le premier disque de jazz avait cette année exactement 90 ans. 90 années durant le quel le jazz aura connu une évolution hallucinante.

De quoi nous admettre de souffler un peu. Que le temps du jazz ralentisse et qu’on laisse enfin le temps au temps.

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commentaires

J
Un ptit passage par chez toi pour te souhaiter une belle année 2008 !Qu'elle te soit riche de créativité à travers quelques belles chroniques dont tu as le secret  ;-)Z
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