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8 janvier 2008 2 08 /01 /janvier /2008 22:49

JJJJ(J) Non stop travels with Michel Petrucciani - Live in StuTggarT

De Roger Willemsen

 

petruciani-dvd.jpgC’est bien plus qu’un travail que livre là Roger Willemsen. Plus qu’un hommage bien sûr et plus encore qu’un témoignage, une sorte de déclaration d’amour fraternelle entre lui et son sujet Michel Petrucciani. Et il ne peut pas en être autrement pour parvenir à tant de complicité, tant de liberté dans l’échange et tant de sincérité aussi. Alors entre eux tout est dit, rien n’est éludé et naturellement tous les thèmes sont abordés tout au long de ce chemin que nous parcourons en 1995 avec Petrucciani de San Francisco, à Paris et enfin à New York. Et il faut rendre hommage à la simplicité, à l’humour et à l’immense force du pianiste avec qui il était possible de parler de tout, de la vie, de la maladie, de la souffrance, de la mort, de l’amour et de ses souvenirs d’enfance sans la moindre gêne.

 

Ce DVD n’est pas un inédit et il avait été diffusé il y a quelques années par la chaîne Arte. Beaucoup le connaissent donc déjà. Il est complété par un concert donné par le pianiste à Stuggart en février 1998 moins d’un an avant sa disparition en janvier 1999.

 

Michel Petrucciani dont jamais autant que dans ce DVD nous n’avions pu percevoir la force titanesque qui l’habitait. Et nous ne parlons même pas de son courage même si toujours il s’impose d’évidence. Nous parlons de ce regard pétillant et malicieux toujours porté sur le futur de lui-même. Cette gourmandise de la vie autant que cette volonté farouche de la mordre à pleine dent

Les rires succèdent aux moments d’émotion pure. On rit lorsque Petrucciani parle de la mort et de son agnotisme ( je veux bien croire qu’il y a quelque chose après la mort mais si je me suis trompé je demanderai à ce que l’on me renvoie sur terre !) et l’on pleure lorsque Charles Llyod, 20 ans après leur première et magnifique rencontre, reprend la même prose qu’une photo de l’époque et lui dit combien il est aujourd’hui un homme fier de lui. Petrucciani parle de tout très simplement. Il évoque son père, musicien pour qui il avait une admiration sans borne ( terrible souvenir de cette séance de répétition tant attendue et tournant au désastre),  il évoque le jazz et un peu son regard sur les autres pianistes. On rit encore lorsqu’il raconte ce thème qu’il avait composé pour Charles Llyod « She did it again » que d’aucuns croient dédiés à une femme et qui en fait raconte l’histoire de Josy, la chienne de Charles Llyod qu’il emmenait en voiture et qui ne cessait d’émettre des pets insupportables ! On frémit lorsque Roger Willemsen ave une infinie délicatesse pose à Petrucciani la question de la souffrance. Moment terrible.

Ce voyage réalisé en 1995 avec Petrucciani le mène en studio lorsque fut enregistré l’album Flamingo avec Stéphane Grappelli et Roy Haynes (ainsi que George Mraz). La rencontre de trois générations de jazzmen mythiques. Et l’on suit Petrucciani concentré et ému à l’écoute d’un chorus de Grappelli et s’en aller voir avec une grande humilité ce vieux monsieur pour lui dire combien il avait été touché par ce qu’il avait entendu. Le DVD s’achève sur un rêve, comme un défi lancé un jour à l’heure du thé dans le jardin de Charlotte Rampling : Willemsen lançait l’idée de filmer Petrucciani assis devant un piano posé sur le toit d’un building en plein cœur de Manhattan. Quelque mois plus tard un hélicoptère un peu kitsch tournait dans les airs autour de cet homme de génie posé sur le toit du monde et de nos rêves. L’image s’arrête, nous laissant le regret de ne pas avoir connu l’homme. Nous laissant aussi avec le souvenir d’un extraordinaire musicien dont on perçoit aujourd’hui l’empreinte qu’il laisse sur des générations entière de pianistes et qui, irrémédiablement ne cesse de nous manquer.                                                                            Jean-Marc Gelin

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