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12 janvier 2008 6 12 /01 /janvier /2008 17:31

Je viens de finir la chronique d’un album pour un autre journal. J’écrivais que le pianiste de ce jeune quartet de Montréal (un tout jeune gamin) m’avait vraiment impressionné. Et c’est drôle mais en écrivant cela je n’avais pas pensé à lui, le géant. Le pianiste magnifique natif des îles vierges dont on ne sait pas trop s’il était de Montréal (où il commença et où il finit aussi sa vie entre deux tournées), ou d’ailleurs, ou de cette contrée du jazz qui se situe quelque part entre New York, Douala, Paris, Rome, Vladivostok si vous voulez et même Beijing si vous préférez mais foutez moi la paix moi je sais juste qu’il était de partout qu’il était l’un des pianistes qui font que passionnément j’aime cette musique et que lorsque quelqu’un comme lui disparaît quelqu’un qui vous a élevé au jazz moi c’est une partie de mon âme un morceau de ma jeunesse quand je découvrais le jazz et finalement une part de nous tous qui se déchire.

Moi je ne l’avais jamais vu en concert et je me disais que j’avais le temps. Que ma fille le verrait. Que ses petits enfants le verraient. Que les petits enfants de ses enfants le verraient également même quand on sera trois pieds sous le tas de sable. Parce qu’il ne pouvait pas en être autrement. Pas possible ça. Non ou alors c’est dégueulasse pour tout ceux qui n’ont jamais pu l’entendre en rai comme on dit. Ces mecs là ils devraient pas partir. Non jamais. Devraient être éternels.

Quand je pense aux autres pommes, ceux qui n’arrêtent pas de dire, en parlant du saxophoniste : « lui, le dernier Géant » ! Ce qu’il faut avoir de rien du tout entre les oreilles, ce qu’il faut être anémié de la culture, amnésique de tout l’histoire du jazz pour dire des conneries pareilles. Et Oscar c’était quoi selon vous ? Même métal moi je vous dis. Un monstre sacré ! Un sacré pianiste monstrueux ! Un géant oui monsieur, un gars aussi énorme que ça et qui jouait du piano comme s’il l’avait inventé. Art l’avait inventé bien sûr. Fernidand Joseph La Menthe l’avait inventé aussi c’est sûr. Et Bud, non mais tu ne crois pas qu’il y est pour quelque chose le Bud ? Ben lui c’est pareil. Il a prit un truc avec 88 touches, des blanches et des noires, des blanches ou des noires comme s’il en pleuvait, des noires et des noires, des blanches en rafale, des noires et blanches tout mélangées et il a inventé. Y en des qui disent aujourd’hui en parlant de tel ou tel pianiste : tiens il joue comme lui. Alors quand j’entends parler du dernier des géants moi ça a le don de me mettre les nerfs en boule. Et Roy Haynes, et Hank Jones et Ray Brown c’est quoi, des nains ?  Eux aussi ils ont joué avec le Dieu Oiseau, eux aussi ils ont joué avec Ella. Eux aussi il ont joué avec Sarah et connu ce fameux âge d’or du côté de la 52° rue. Alors j’espère que celui qui a inventé cette expression à la con, aujourd’hui se terrera dans son trou jusqu’au tréfonds du ré grave.

oscarpeterson.jpgPar contre, lorsque j’ai lu cette belle interview que Diana Krall avait donné à Jazzman (n°128 – octobre 2006) j’avais été particulièrement ému de cette façon qu’avait la pianiste- chanteuse de parler de lui. Comment ils avaient pris l’habitude de se retrouver à Montréal pour jouer ensemble des petites pièces de Nat King Cole. Des morceaux à quatre mains. Petites complicité de pianiste. Complicité de maître à l’élève. De père à fille. Cela m’avait touché. On pourrait parler pendant des heures de son style inimitable. De cette façon de dire et de chalouper en même temps. De faire swinguer mais surtout de ne jamais oublier de faire chanter son piano.

Moi j’adore ces vieux disques chez Pablo avec Sarah et Joe Pass. Mon copain Jean Pierre lui il craque pour Night Train ou pour Nigerian market place. Évidemment qu’il a raison ! Moi par-dessus tout j’adore cette façon si touchante qu’il avait de chanter aussi. Cette version de Polka Dots and Moonbeams d’une simplicité extrême qu’on ne peut caresser qu’avec une extrême humilité.

 

L’humilité et la générosité qui allait si bien aux géants de son espèce.

 

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