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9 janvier 2008 3 09 /01 /janvier /2008 07:56

JJJ TOM HARELL & DADO MORONI : «  humanity »

Abeat 2007

 
Harrell-Moroni.jpg

C’est souvent une histoire qui marche. Les pianistes aiment les trompettistes. A moins que ce ne soit le contraire, je ne sais pas trop. Ceux qui ont écouté la belle réédition des sessions de Chet Baker à Paris n’ont pas pu manquer de relever combien les associations du trompettiste avec Dick Twardzik ou Urtreger étaient capitales. Il n’y a pas si longtemps nous nous éblouissions de cette rencontre mutine entre Solal et Dave Douglas.

La rencontre dont il s’agit ici ne déroge pas au principe. Même si les deux hommes se connaissent et jouent ensemble depuis près de 20 ans tout se passe comme si le plaisir de jouer tous les deux  était parfaitement intact. Car lorsqu’un immense trompettiste de la dimension de Tom Harrell joue avec l’un des plus grands pianistes italiens actuel, la rencontre ne peut manquer d’émouvoir. Le trompettiste qui a plus de 60 ans n’a jamais autant marché sur les traces de Chet Baker en arrive en effet à une sorte de mimétisme troublant avec son maître. On retrouve dans son jeu les mêmes fêlures, les mêmes fragilités et le même sens innoui de l’improvisation où, quelque soit le détour utilisé c’est toujours la mélodie qui en ressort sublimée. On ne peut pas jurer que Tom Harrell n’a pas quelques vibratos, ni même qu’il souffle comme à 20 ans. Mais il y a dans son jeu une chaleur intacte, une grande proximité avec celui qui reçoit ce qu’il dit. Une façon de mettre de l’intimité dans son jeu qui s’apparente à une forme de tendresse.

La présence à ses côtés de Dado Moroni est lumineuse. Car ce dernier n’y est pas un simple accompagnateur. Il est une sorte de complément indispensable, de guide. Comme celui qui tient le bras de l’aveugle pour l’aider à traverser, Dado Moroni apporte un soutien avec une énergie qui est à la musique du trompettiste son souffle et son battement de cœur tout à la fois. Il y a quelque chose qui relève moins de la complicité que de la fraternité dans la façon qu’à le pianiste d’épauler son compagnon tout au long de cette très courte escapade au milieu de ces 6 standards. Et chez le pianiste cet amour partagé des standards qu’il lit avec une certaine gourmandise. Cette gourmandise de ces pianistes qui ne peuvent pas s’empêcher de dévorer du Art Tatum ou du Erroll Garner.

Le thème d’ouverture, The nearness of you est une sorte d’uppercut pour l’auditeur rapidement versé au bord de l’émotion. Saisissant ! Cette façon aussi qu’il y a chez les deux hommes de tourner autour du thème avec une certaine pudeur qui es empêcherait de s’emparer à bras le corps de la mélodie. Ainsi dans Poinciana où les notes du thème n’apparaissent réellement qu’à la fin sans que celui-ci n’en soit pour autant dévoyé.

C’est qu’il y a chez les deux hommes cette façon de se livrer avec beaucoup de décence et de retenue. De ne jamais s’appesantir lourdement mais de frôler, de caresser toujours le sujet qui n’est pris qu’avec une extrême délicatesse. Il en est ainsi par exemple dans les citations très discrètes du pianiste qui effleurent au détour d’une phrase.

Ce n’est pas grand-chose et cet album pourra tout aussi bien s’oublier aussi vite. Il en restera quelque chose comme une trace en erre. Comme le prolongement d’un dernier accord qui nous poursuit puis lentement s’efface dans un nuit de douce rêverie. Comme une étoile filante à l’éphémère beauté.                                                                                                                        Jean-Marc Gelin

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